Introverti, distant, insaisissable: ainsi apparaît Moritz Leuenberger. Le conseiller fédéral socialiste refuse délibérément la politique spectacle. Quand, dans son parti, on voudrait qu'il s'indigne des suppressions d'emplois programmées par Swisscom, il se tait. La presse quémande-t-elle sa réaction aux douloureuses restructurations dictées par la libéralisation des télécommunications, lui réserve ses propositions à ses collègues du gouvernement. Le Zurichois refuse d'aboyer et de gesticuler, pour mieux agir.

Car ce qui importe, c'est ce qu'on réussit. Pour gagner, un conseiller fédéral socialiste, minoritaire, doit convaincre. Ses collègues d'abord, ensuite le parlement où le PSS n'occupe que 24% des sièges, et enfin, si ça se trouve, le peuple, réputé plus conservateur que ses dirigeants. Il faut donc chercher des alliances, construire des majorités, forcément fragiles. La discrétion, l'obstination, l'habileté manœuvrière, la patience sont le prix à payer pour prétendre peser sur les événements.

Moritz Leuenberger en a pris son parti. Il a réussi dans le dossier des transports. Faire avaler la taxe poids lourd ne fut pas une mince affaire. La taxe sur l'énergie sera sa deuxième grande victoire si le peuple confirme les choix du parlement. Son action pour des mesures adoucissant les effets pervers des privatisations est sa nouvelle épreuve, qu'il est condamné à négocier comme un funambule sur la corde raide.