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Mauro Poggia, conseiller d'Etat genevois.
© MARTIAL TREZZINI/keystone

Genève

Furieuse passe d’armes entre les cliniques privées et Mauro Poggia

Les cliniques privées ont écrit aux députés du Grand Conseil pour fustiger le traitement qui leur est réservé par le conseiller d’Etat Mauro Poggia. Ce dernier les accuse de lobbyisme

Les cliniques privées genevoises font feu sur le ministre Mauro Poggia. Dans une lettre ouverte envoyée aux députés fin février, l’Association des cliniques privées de Genève fustige la politique des quotas du canton, qui limite le nombre d’assurés de base pouvant être hospitalisés en privé. A l’appui de leurs récriminations, elles s’appuient sur un comparatif du surveillant des prix concernant les tarifs des implantations de prothèses de genou à Genève. Où l’on apprend que celles-ci coûtent 18 600 francs dans les cliniques privées, contre 20 700 francs aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). La preuve, selon elles, qu’une plus large intégration des cliniques dans la planification de la santé serait source d’économies pour l’Etat.

La réponse du berger à la bergère n’a pas tardé. Le conseiller d’Etat leur a répondu vertement mardi, par lettre. Pour le diagnostic général, il invoque le canton de Zurich, dont le budget dédié aux hôpitaux aurait augmenté de 324 millions de francs entre 2011 et 2012, pour n’avoir pas limité le volume des prestations aux assurés de base dans les cliniques privées. Le ministre critique aussi le manque de transparence des cliniques et, surtout, leur propension à sélectionner les cas qui rapportent et les autres.

A l’appui de sa thèse, le fait notamment que la proportion de patients âgés de plus de 80 ans dans les cliniques tombe à 20%, quand elles traitent 28% des hospitalisations. Mais les chiffres sont têtus et, pour le cas précis de la prothèse du genou, les cliniques sont moins chères. Comment l’expliquer? A cause des pathologies complexes qui reviennent aux HUG, explique le ministre, et en raison, aussi, des coûts supplémentaires engendrés par un hôpital universitaire. Il ajoute que ce tarif peut être considéré comme un produit d’appel.

«Je déplore ce prosélytisme des cliniques»

Ces échanges d’amabilités interviennent dans un contexte préélectoral très chaud sur le dossier de la santé, et le siège du MCG Mauro Poggia est convoité. «Cette circulaire envoyée aux députés, en dehors de toute actualité législative, symbolise l’entrée d’un lobby au parlement cantonal, s’indigne-t-il. Je déplore ce prosélytisme des cliniques à l’ensemble des députés.»

Pourquoi alors s’être prêté au jeu de la réponse? «Vous connaissez l’adage, «qui ne dit mot, consent». Je ne pouvais laisser les parlementaires dans le doute.» Pour le président de l’Association des cliniques privées, Gilles Rufenacht, ce ne sont pas les cliniques qui ont porté l’estocade: «Notre courrier est une réponse aux attaques de Mauro Poggia dans les médias, qui nous soupçonne de sélectionner les patients selon la rentabilité. Une affirmation gratuite et infondée.»

La députée PLR et candidate au Conseil d’Etat Nathalie Fontanet vole à son secours: «Cette réponse est indigne d’un magistrat, qui doit travailler dans l’intérêt public et des patients. Or Mauro Poggia s’est mis à dos les médecins et les cliniques, au lieu de rassembler tous les prestataires dans un véritable projet de planification.»

Et si les cliniques ne jouaient pas le jeu, en triant les cas lucratifs? Nathalie Fontanet répond par une autre question: «Qu’est-ce qui empêchait Mauro Poggia de leur fixer des obligations dans le cadre d’une collaboration?» Il faut dire que les cliniques ont trouvé une oreille bienveillante au PLR qui, dans son programme santé 2018, milite pour un partenariat public-privé. Gilles Rufenacht ne s’en cache pas: «Nous ferons des recommandations politiques basées sur l’Entente.» Face à un ministre qui s’oppose à une libéralisation complète du secteur de la santé, le dialogue semble définitivement rompu.

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