La noce est amère pour le Parti libéral-radical genevois. Au lendemain des élections municipales, la formation en cours de fusion contemple avec effarement la débâcle subie dimanche. Le parti a perdu 34 sièges sur l’ensemble des communes, passant de 252 à 218 élus. Le PDC, son partenaire de l’Entente, s’en sort bien mieux puisqu’il ne perd que deux sièges et aligne 89 conseillers municipaux. Il y a quatre ans, la coalition bourgeoise avait perdu 20 sièges à l’issue du scrutin municipal.

La gifle subie par le PLR montre que la fusion n’apporte pas au parti le moindre frein à l’érosion qu’il subit depuis des années. Faut-il y voir un échec, et en conclure qu’elle constitue une erreur stratégique dans un canton où la base des deux partis a maintes fois manifesté des réticences face à l’union? Président des libéraux genevois, Cyril Aellen (à gauche) assure que non, même si l’union a fait «10% à 15% d’électeurs déçus» dimanche. «Les résultats montrent que nous n’avons progressé dans aucune des communes où nous nous sommes présentés sur des listes séparées. En revanche, dans les rares municipalités où nous avons enregistré des avancées, il s’agissait de listes fusionnées. Il est donc clair que nous n’aurions pas fait mieux si les deux partis avaient fait cavalier seul.»

Pour Patrick Malek-Asghar, le président des radicaux genevois, il faut aussi laisser du temps à la fusion pour qu’elle déploie son potentiel: «Le but est que nos deux partis constituent un pôle fort à long terme», déclarait-il dimanche.

Une certaine confusion

Si le principe de la fusion ne doit pas être remis en cause, la méthode employée n’était en revanche pas la bonne, estime Cyril Aellen: «Nous avons laissé aux sections communales la liberté de s’organiser comme elles l’entendaient, en fusionnant ou pas, en présentant des listes communes ou pas. C’était une manière de ne pas les brusquer, mais cela a engendré de la confusion auprès des électeurs.» Et de citer en exemple Neuchâtel «où les partis cantonaux ont été plus directifs», et où le PLR a engrangé d’estimables succès électoraux.

Pour certains radicaux, dont le député Jean Romain, le PLR a notamment payé le scandale des loyers complaisants pratiqués par la gestion immobilière rattachée au dicastère du libéral Mark Muller, ainsi que la généreuse proposition d’amnistie fiscale, d’origine libérale elle aussi, écartée en votation le 13 février dernier. «Cela a brouillé l’image du parti», qui a pu paraître peu regardant avec des tricheurs ou certaines personnes injustement privilégiées, estime le député.

Au Parti libéral, on n’est pas en reste: on reproche aux radicaux des pertes essuyées dimanche, et qui pèsent lourd dans le bilan commun. De quoi nourrir les rancœurs entre les deux partis qui devraient fusionner le 3 mai prochain à l’échelle cantonale.

Le député libéral Olivier Jornot estime pour sa part que le recul du PLR ne doit rien à l’actualité récente. «Nous sommes confrontés à une perte d’emprise progressive sur l’électorat urbain. C’est un problème de fond.» Auquel le parti n’a pour l’heure trouvé aucune parade.