Les parchets valaisans reprennent leurs couleurs d'automne et le millésime 2002 ne s'annonce pas trop mal. Mais cette année, l'automne aura une autre signification pour les 5200 sociétaires de Provins, qui représentent le quart de la production valaisanne. Après septante ans d'histoire, les quatre coopératives fondatrices devraient fusionner avec la Fédération pour ne former plus qu'une seule entité. Fondées au début des années 30, les caves de producteurs de vins de Sierre, Sion, Ardon et Leytron ont conservé depuis leurs statuts, qui les relient à la structure commerciale, la Fédération des producteurs de vins du Valais, nommée Provins. Celle-ci comptabilise aujourd'hui un chiffre d'affaires global d'environ 72 millions de francs. Malgré un nom commun, la structure a conservé au fil des ans ses caractéristiques régionalistes.

Depuis le début des années 90, les règles du jeu ont toutefois évolué, confiant à la Fédération davantage de responsabilités, notamment dans la fixation du prix de la vendange et les garanties financières. Après le départ précipité d'Eric Lehmann, la nouvelle direction emmenée par Roland Vergères, ainsi que le conseil d'administration présidé par Ambroise Briguet, ont poursuivi le projet d'une fusion, «seule capable de permettre la pérennité de l'entreprise et son développement futur», tel qu'il est écrit dans un document parvenu récemment aux sociétaires.

En 1999, une tentative de fusion avait échoué face à la réticence de certains comités. Depuis une année et demie, le dossier a pourtant suivi son cours. Provins a fait appel à l'avocat lausannois Me Alain Thévenaz, mandaté dans la fusion d'Unavins, qui a abouti en novembre 2001. L'argumentaire de la nouvelle société insiste aujourd'hui sur un point particulièrement sensible: sa lisibilité auprès des bailleurs de fonds. Sur le plan comptable, la fusion permettrait d'améliorer les fonds propres de 24% à 42,5%.

Au niveau des statuts, Provins prévoit de fondre tous les sociétaires dans une assemblée générale appelée «Pouvoir suprême», qui approuve les comptes, les statuts et les nominations du conseil d'administration. Elle sera relayée dans la hiérarchie par une structure intermédiaire, l'assemblée des délégués, et enfin par le Conseil d'administration et un Bureau du conseil de trois personnes. Le Conseil d'administration de la nouvelle coopérative sera renforcé sur le plan décisionnel, mais Provins assure que la «représentation régionale sera assurée».

La date du changement historique est fixée au samedi 14 septembre prochain. La journée s'annonce chargée. Les quatre coopératives tiendront leur assemblée générale à Sion simultanément, mais séparément. En cas de vote positif, l'assemblée de la Fédération (avec 200 délégués) se réunira à 11 heures pour entériner formellement le choix. Puis dans la foulée, la nouvelle Provins devrait valider ses statuts et procéder à la nomination de son nouveau conseil d'administration.

Il est difficile pour l'heure d'évaluer les chances de réussite de l'opération. Des signes montrent pourtant qu'elle devrait aboutir: «Lors de notre dernière séance du 22 août, précise Roland Vergères, après quelques petites modifications de statuts, les comités de cave ont signé le contrat de fusion.» Christian Broccard, président de l'interprofession de la vigne et du vin sur le plan valaisan, estime lui qu'il est difficile de saisir le pouls de la base: «A ce que j'en sais, il y a aujourd'hui peu de discussion. C'est étonnant, car il s'agit là d'un outil de production très important, qui touche le petit propriétaire de 400 m2 comme celui de 5 hectares. Il y a quelques personnes opposées, notamment à Leytron, où des propositions de quitter Provins ont été formulées, mais cela reste marginal. Les vignerons ont quand même quelque chose à perdre sur le plan décisionnel, car le conseil d'administration aura davantage de prérogatives. J'ai l'impression que tout s'est décidé en catimini et je trouve dommage que les sociétaires ne s'impliquent pas davantage dans cette restructuration.»

Les sociétaires ont sans doute des soucis plus terre à terre. Provins vient d'informer que la cave ne paierait qu'un kilo au mètre pour le chasselas première catégorie (contre 1,2 kg l'année dernière) afin de réduire les excédents de stocks. «Nous ne pouvons pas doper artificiellement le chasselas, observe Roland Vergères. Ce n'est pas une bonne politique dans le sens où notre objectif est un ré-encépagement du vignoble. Cette année nous manquerons d'ailleurs de spécialités.»

A ce sujet, l'assainissement du marché du chasselas n'est pas le seul fait de Provins, et risque de causer encore quelques soucis à la profession. «A mon avis, Provins aurait pu descendre à 800 grammes, fait remarquer Christian Broccard. Les fils Maye ont annoncé qu'ils prendraient 600 grammes au mètre et la maison Gilliard qu'elle n'encavera pas du tout de chasselas! Dans ce dernier cas, c'est dommage pour certains fournisseurs. Mais sur un plan général, il faut bien que les caves prennent des mesures pour résoudre le problème des stocks.» Pour certains vignerons, la vendange 2002 risque de rester sur pied.