Le compte à rebours a commencé, mais le projet de fusion Vaud-Genève est encore loin d'être sur orbite. Ce matin, quelque 200 personnalités recevront dans leur boîte aux lettres une convocation à une réunion mardi prochain à Nyon avec un projet de statuts d'association et les textes des deux initiatives cantonales. Tous les parlementaires fédéraux et les gouvernements cantonaux la recevront également. Mais curieusement, les députés vaudois et genevois ont été oubliés. La missive est signée des trois pères fondateurs des initiatives et pour l'instant seuls membres du comité provisoire Vaud-Genève: le conseiller national radical vaudois Philippe Pidoux, l'ancien conseiller d'Etat socialiste genevois Bernard Ziegler et le président du mouvement Renaissance Suisse-Europe, François Cherix.

Les trois compères courent avec le même dossard depuis décembre 1997. Au rythme de sénateur. Philippe Pidoux et Bernard Ziegler sont des notables. Ils n'ont aucune idée de la manière de mener un combat politique sans appareil derrière eux. Entre deux bons repas où l'on redessine la carte de la Suisse, c'est donc essentiellement François Cherix qui prend les choses en main. Fin 1997, six mois après la bombe politique lancée par un Philippe Pidoux solitaire dans le Journal de Genève et la Neue Zürcher Zeitung, ils envoient leur argumentaire à 4000 personnalités du monde politique et économique romand. L'objectif est clair: «Réunir en un seul canton Vaud et Genève pour construire demain une région en Suisse occidentale». On ne parle plus de «fusion», mais d'«union». Novartis est passée par là et le terme de fusion est jugé négativement. Taux de réponse de ce premier mailing: 5%. Un succès d'estime, mais on ne peut pas parler d'une vague d'enthousiasme. Depuis, ces 200 personnes intéressées ont été soigneusement fichées, mais elles n'ont encore jamais été réunies. Un sacré risque, car combien se retrouveront-ils mardi autour des trois initiants? «Je ne m'attends pas à voir débarquer des centaines de personnes, mais, rassurez-vous, nous ne serons pas seuls», déclare avec une prudence de sioux Philippe Pidoux. Il espère la présence de quelques dizaines de convaincus prêts à se lancer dans une belle croisade, «et si nous ne sommes qu'une poignée, et bien nous irons boire un verre!».

L'enjeu est bien là. La triplette Pidoux-Ziegler-Cherix joue son va-tout à Nyon. Soit leur démarche trouve suffisamment d'écho et d'appuis et alors ils se lancent dans la bataille, soit ils renoncent. Et pour l'instant, impossible d'obtenir le moindre nom de personnalités prêtes à les suivre. «L'écho au sein du monde politique en place a été quasiment nul, mais nous avons rencontré un intérêt dans la société civile», reconnaît Philippe Pidoux. «C'est vrai que nous jouons un quitte ou double, toute la question est de savoir si un groupe de personnes est vraiment intéressé et prêt à s'investir. Financièrement aussi», concède François Cherix. Le mot est lâché: l'argent! C'est le nerf de la guerre politique et le comité n'a pour l'instant ni moyens ni structure. Et les personnes espérées à Nyon ne seront pas des militants prêts à passer tout leur week-end à faire du porte-à-porte pour récolter des signatures. Et il en faudra si la décision de lancer les initiatives est prise: 12 000 dans le canton de Vaud et 10 000 à Genève. En trois mois. Une campagne qui serait menée dès lors par mailing et de manière professionnelle par un comité ad hoc. Pour cela, il faut des moyens que le comité n'a pas pour l'heure.

Les Vaudois plus intéressés

Autre obstacle: le projet de fusion Vaud-Genève intéresse plus de Vaudois que de Genevois. «Ce serait catastrophique de ne se retrouver qu'entre Vaudois», admet François Cherix. Il faut être deux pour se marier.

La décision sera prise mardi soir. Si elle est positive, il restera à déterminer la date de lancement des deux initiatives cantonales. Probablement cet automne ou au début de l'année prochaine car Philippe Pidoux entend profiter dans le canton de Vaud de l'élection de la Constituante en février. Une opportune caisse de résonance. François Cherix se veut optimiste, voire volontariste. Grâce au coup d'éclat des initiatives pour l'union Vaud-Genève, il veut à tout prix lancer un vaste débat national sur le fédéralisme «pour créer un électrochoc de Genève à Romanshorn et briser l'immobilisme de ce pays». Le débat serait passionnant, mais pour cela faut-il encore que l'utopie pidolienne prenne un peu corps mardi prochain.