Finances 

Le futur budget du canton inquiète les syndicats genevois

Le Cartel intersyndical redoute que la recapitalisation de la CPEG, couplée aux effets de la récente votation sur la RFFA, n’entraîne des économies drastiques en 2020. La ministre des Finances déplore une «agitation politique» alors que les négociations n’ont pas commencé

L’été vient à peine de commencer que, déjà, Genève s’inquiète pour son budget 2020. Vendredi, le Cartel intersyndical et l’Asloca, alarmés, ont convoqué la presse. Selon eux, le gouvernement n’a pas anticipé les coûts de la recapitalisation de la Caisse de pension du personnel de l’Etat de Genève (CPEG). Couplé à la baisse d’impôts engendrée par la votation sur la réforme cantonale de l’imposition des entreprises (RFFA), le manque à gagner articulé avoisinerait les 730 millions de francs pour le budget 2020, selon les calculs de la RTS. Ce qui fait craindre aux syndicats des «mesures d’économies drastiques sur le dos des fonctionnaires».

Le Conseil d’Etat planche actuellement sur la planification financière quadriennale. Les départements ont fait part de leurs demandes et un premier examen a été réalisé. La conception du budget en tant que tel ne débutera qu’à partir de fin juillet. C’est un projet de loi pendant au parlement qui a fait tiquer les syndicats.

«Genève naviguera sans filet»

«Le Conseil d’Etat veut dissoudre les réserves conjoncturelles de 600 millions de francs – qui permettent, au besoin, d’ajuster un budget déficitaire – pour renflouer la CPEG. Or, avec cette mesure, Genève naviguera sans filet durant les prochaines années, la RFFA interdisant de constituer de nouvelles réserves avant 2028», déplore Christian Dandrès, député socialiste au Grand Conseil genevois et avocat de l’Asloca.

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N’est-ce pourtant pas une bonne nouvelle que la CPEG soit recapitalisée comme l’a voulu la population? Tout se joue dans la communication. «Nous ne contestons pas cette décision, précise Alberto Velasco, également député socialiste. Ce qui pose problème, c’est que le gouvernement camoufle son incurie en attribuant la responsabilité du déficit au Cartel intersyndical et, partant, à la population, qui a voté notre projet et pas celui du gouvernement.» Les deux députés ne s’opposeront pas au projet de loi mais vont déposer un amendement pour que les réserves conjoncturelles ne soient pas attribuées uniquement aux caisses de prévoyance publiques.

Agitation contre-productive

Selon le Cartel, les pronostics budgétaires s’annoncent catastrophiques pour 2020. «Durant la campagne pour la RFFA, le gouvernement s’est engagé à ne pas toucher aux prestations, rappelle Marc Simeth, président du Cartel. Or, mercredi, lors d’une séance consacrée au projet Score, le Conseil d’Etat nous a préparés à la catastrophe pour septembre. Non seulement les fonctionnaires risquent de perdre leurs annuités, mais des mesures d’économies structurelles ont été évoquées pêle-mêle: augmentation du temps de travail, engagement deux classes en dessous, augmentation du nombre d’élèves par classe.»

Face aux critiques, Nathalie Fontanet, conseillère d’Etat chargée du Département des finances et des ressources humaines, calme le jeu. «Pousser des cris d’orfraie sur un hypothétique déficit alors que la première ligne du budget n’a pas été écrite ne fait pas de sens», lâche la ministre. A ses yeux, cette «agitation politique» n’aura qu’un effet contre-productif: celui de parasiter un long processus qui ne fait que commencer.

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Quid des projets d’économies drastiques que craint le Cartel? «La seule mesure évoquée lors de la séance avec les syndicats a été la suppression possible de l’annuité en 2020. Aucune autre annonce n’a été faite», affirme la ministre. A l’entendre, la situation n’est pas aussi terrible que l’annoncent les syndicats. «Dans le cadre de la RFFA, la perte de revenus avait été évaluée à 186 millions de francs. A l’heure actuelle, nous sommes en dessous de cet impact grâce à des estimations fiscales supérieures», signale la conseillère d’Etat.

«Un choix s’impose»

«La dissolution des réserves conjoncturelles a été votée par le parlement, rappelle Nathalie Fontanet. Le Conseil d’Etat n’a rien caché et il n’y a rien de nouveau en soi, si ce n’est les 372 millions de déficit désormais autorisés par la loi.» Quant à l’affectation de cet argent, elle refuse d’en parler pour respecter la confidentialité des travaux en cours en commission.

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Les prévisions générales pour 2020 s’annoncent néanmoins moroses. «Il y a une très forte augmentation des charges contraintes: prestations complémentaires, recapitalisation de la CPEG, conséquences de la planification hospitalière (75 millions) ou encore provision de l’annuité 2016 (59 millions)», détaille Nathalie Fontanet. Conséquence: le Conseil d’Etat devra juguler les autres demandes ou trouver des sources d’économies.

Alors que le débat prend un tour résolument politique, Nathalie Fontanet insiste sur l’attitude contradictoire des majorités parlementaires qui votent à la fois des augmentations de charges et des diminutions des revenus. «Un choix s’impose, pour savoir quelle politique le parlement entend mener.»

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