Numérique 

Le futur centre fédéral de cybersécurité suscite moult convoitises

Le Tessin souhaite accueillir l’instance chargée de la lutte contre la criminalité numérique. Il n’est pas le seul. Genève serait aussi sur les rangs

Accueillir au sud des Alpes le futur Centre national de compétence pour la cybersécurité, dont le Conseil fédéral décidera d’ici à la fin de l’année l’organisation, les responsabilités et les compétences. C’est ce que réclame le PDC tessinois, via une intervention parlementaire, pressant les autorités cantonales de se mobiliser à Berne dans ce sens. «Le Tessin dispose d’institutions hautement compétentes non seulement en informatique, mais dans des secteurs transversaux, comme l’intelligence artificielle et les sciences forensiques», fait valoir le député Marco Passalia, auteur de la motion.

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Le canton est une des régions les plus touchées par la problématique, souligne l’élu, et sa proximité avec l’Italie est un avantage. «Le pays voisin est très avancé en matière de lutte contre la criminalité numérique. Des conférences internationales et des formations de très haut niveau s’y tiennent», souligne Marco Passalia, qui estime par ailleurs que «dans un esprit fédéraliste, il serait opportun de créer ce centre au Tessin».

Le canton italophone a certainement des cartes à jouer, convient Antonio Carzaniga, professeur et cofondateur de la faculté d’informatique de l’Université de la Suisse italienne (USI). «Nous détenons assurément les capacités pour relever un tel défi.» Il fait valoir l’important réseau d’institutions comme le Centre de calcul scientifique, l’Institut Dalle Molle d’intelligence artificielle, le Département de technologies innovantes de la Haute école professionnelle de la Suisse italienne (Supsi) ainsi que sa propre faculté, lesquelles collaborent avec d'«excellentes» entreprises locales spécialisées en cybersécurité.

Genève en "capitale suisse de la cybersécurité"

Le Tessin n’est cependant pas seul à posséder un profil intéressant et l’ambition d’héberger le nouveau centre. Rédacteur en chef du magazine suisse de technologies de l’information ICTjournal, Rodolphe Koller cite Genève – qui devrait accueillir le Global Centre for Cybersecurity et une éventuelle convention de Genève numérique. Le canton a une volonté affichée de se positionner dans tout ce qui est numérique, observe-t-il.

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«Genève veut concurrencer Zoug en fait de blockchain et devenir la capitale suisse de la cybersécurité.» Selon Rodolphe Koller, le futur centre national devrait siéger là où se fait la recherche en cybersécurité, mais aussi où il existe une industrie potentiellement cliente de ce type de service. «Comme une place financière ou une concentration d’entreprises pharmaceutiques, qui doivent protéger des données sensibles.»

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Compétences zurichoises...

Zurich est également reconnu pour sa recherche. Enseignant en cybersécurité à l’EPFZ, Patrick Schaller relève que la problématique est très vaste. «La lutte contre la cybercriminalité couvre tant la cryptographie, qui concerne avant tout les mathématiques, que l’ingénierie sociale, plutôt liée à la psychologie. Le combat contre la criminalité numérique implique plusieurs approches.»

Il souligne que les aspects sur lesquels le Conseil fédéral veut focaliser le centre national à venir demeurent pour l’instant inconnus et que des questions politiques entreront certainement en ligne de compte dans le choix de son siège. «Cela dit, l’EPFZ est très forte en ce qui a trait aux questions techniques.» Et d'ajouter que la Supsi de Lugano et l’EPFL, avec laquelle l’EPFZ compte offrir d’ici peu un master en cybersécurité, le sont également.

...et investissements lausannois

Par ailleurs, la Haute Ecole de Lausanne inaugurait récemment son Center for Digital Trust. Comme le rappelle Patrick Amaru, directeur des systèmes d’information du canton de Vaud, d’importants investissements ont été faits dans la cybersécurité dans le canton et «d’autres le seront encore».

Le site que le Conseil fédéral retiendra pour l’établissement du centre à venir devra, d’après lui, avoir deux éléments principaux. Le premier: une structure technologique possédant les outils pour analyser, détecter et prévenir les anomalies cybernétiques. Comme les Centres opérationnels de sécurité (SOC) dont plusieurs administrations cantonales se sont déjà dotées. En deuxième lieu, il devra disposer de l’expertise humaine. «Mais surtout, il ne faut pas entrer en compétition les uns avec les autres, mais plutôt collaborer. Le centre national peut être n’importe où, ce qui est crucial est la notion de réseau.»

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