«Casseurs du G8: aidez-nous à les identifier.» Plus de sept semaines et 180 plaintes après les violents événements qui ont secoué Genève en marge du Sommet d'Evian, la police cantonale appelle la population à la rescousse. Elle vient d'obtenir du juge d'instruction en charge de l'enquête pénale, Stéphane Esposito, l'autorisation de publier sur le site Internet de l'Etat de Genève les photos d'auteurs de déprédations commises dans la Cité de Calvin dès le soir du 31 mai.

Ainsi, depuis mercredi, tout internaute peut consulter la galerie d'une quarantaine de portraits et contribuer le cas échéant à faciliter la tâche de la police dans ses recherches «pour ne pas laisser ces criminels impunis». «Il s'agit nullement d'un appel à la délation, indique un enquêteur du groupe G8 de la police judiciaire. Cette démarche n'est qu'un moyen légal parmi les autres dont nous disposons pour retrouver les auteurs de violence. Je parlerais bien davantage de devoir civique», ajoute, sous couvert de l'anonymat, le membre de la cellule constituée à la mi-juin pour enquêter sur les violences liées au G8.

Une légalité que confirme Stéphane Esposito. Le juge d'instruction insiste par ailleurs sur le fait que tous les clichés visibles sur le site ont fait l'objet d'innombrables recoupements et vérifications. A cet égard, un enquêteur souligne l'impressionnante quantité de documents liés aux manifestations anti-G8 qu'il est possible de récolter tantôt sur Internet, tantôt à la télévision et dans les autres médias. La masse de matériel photo et vidéo – principalement fourni par les forces de l'ordre elles-mêmes – sur lequel se sont penchés les enquêteurs a permis de «reconstituer le puzzle» et ainsi de garantir que n'apparaissent sur le site que les images d'auteurs avérés de délits.

Reste que la qualité le plus souvent médiocre des photos rend l'identification difficile. Un reproche qui ne gêne que modérément l'inspecteur, persuadé que «même mauvaise, la photo d'une personne que l'on connaît de près ou de loin interpelle».

Pour l'enquêteur au «groupe G8», la démarche de la police cantonale ne doit pas se limiter à l'identification d'une quarantaine de portraits. La publication des images doit aussi susciter tout un chacun à fournir au «Groupe enquêtes G8» les propres images de casseurs qu'il pourrait détenir, avec la garantie de l'anonymat. Le site de la police sera ainsi alimenté avec de nouveaux clichés une fois les vérifications et recoupements effectués.

Cette manière d'associer la population à l'enquête, «la première du genre à Genève» selon le porte-parole de la police cité par l'ATS, pourrait faire évoluer le nombre d'arrestations. Si quelque 41 personnes ont été arrêtées durant la période du G8, 32 interpellations pour émeute, violences contre fonctionnaires, dommages à la propriété, vol ou recel ont été effectuées depuis la mi-juin, dont 23 concernent des mineurs, confirme le juge d'instruction Stéphane Esposito. Des fauteurs de troubles en provenance d'autres cantons et de l'étranger ont également été identifiés, ajoute la police genevoise.