La diffusion sur le site Internet de la police genevoise des photos de 39 manifestants anti-G8, présentés sans détours comme des casseurs patentés et des criminels, n'en finit pas de susciter la polémique. Le principe, la manière et la pertinence de cette démarche sans précédent sont mis en cause notamment par des avocats rompus à la défense d'émeutiers. Quatre signalements utiles étaient parvenus vendredi aux autorités grâce à cette opération et deux interpellations ont été opérées. Deux Suisses, âgés de 21 et 23 ans, qui ont immédiatement, dixit la police, reconnu avoir participé au pillage.

Lundi, les inspecteurs recevront toutefois la visite spontanée d'un militant d'Attac qui figure, à tort assure-t-il, dans cet album controversé. Et son défenseur, Me Jean-Michel Dolivo, de relever: «Cette erreur met en relief le caractère arbitraire de la méthode». Méthode que la police n'a visiblement pas l'intention d'abandonner. L'opération sera poursuivie et même enrichie de nouvelles images, annonce un communiqué officiel. Le même texte précise qu'une centaine de messages sont parvenus au groupe enquête G8, dont la moitié salue cette initiative alors que l'autre la critique vertement.

Critique, l'avocat genevois Jean-Pierre Garbade l'est certainement. Sur le principe d'abord, ce dernier rappelle que le code de procédure pénale permet au juge d'instruction de faire une communication si l'intérêt public l'exige. En général, de telles manœuvres sont réservées à la recherche de criminels endurcis et dangereux. «Publier des photos qui sont des pièces du dossier sans même dire exactement ce qu'on reproche à ces personnes, c'est prendre beaucoup de liberté avec l'exigence de proportionnalité.» Plus problématique, soutient encore l'homme de loi, est la manière de commenter ces clichés. «Parler ainsi de criminels impunis et de casseurs est une violation évidente de la présomption d'innocence garantie par la Constitution», ajoute Me Garbade.

Mineurs

Enfin, le plus grave reste encore la présence possible de mineurs parmi ces personnes appelées à être dénoncées. «Les procédures concernant les mineurs sont totalement secrètes. Même les avocats n'ont pas copie des dossiers. Si un mineur se trouve inquiété dans cette affaire, il pourra porter plainte pour violation du secret de fonction. C'était au juge d'instruction responsable de cette enquête, Stéphane Esposito, de s'assurer que les photos ne concernaient que des majeurs. C'est encore lui qui porte la responsabilité des termes scandaleux utilisés par la police pour justifier son opération.»

Autre son de cloche chez l'avocat et député libéral Christian Lüscher: «Les événements liés au G8 ont créé à l'ordre public un trouble particulier et collectivement grave. De ce fait, la méthode utilisée est parfaitement proportionnée et n'a rien de choquant. Ceux qui participent à de telles scènes prennent le risque d'être identifiés et l'autorité doit se donner les moyens de les poursuivre. Une fois interpellés, les individus bénéficient évidemment de tous les droits attachés à la défense.»

Reste à savoir si la démarche tant décriée portera les fruits escomptés pour panser certaines plaies et notamment celles d'une police dont la susceptibilité a été mise à mal. Vendredi, Jacques Volery, attaché de presse, annonçait avec un certain triomphalisme les premiers résultats: quatre signalements en quarante-huit heures. Tout en ajoutant que «l'enquête évolue d'heure en heure». En fonction des résultats obtenus, certaines images seront retirées et remplacées par celles d'autres individus «formellement mis en cause». On se demande bien pourquoi toutes les photographies n'ont pas été publiées en même temps et pourquoi certains manifestants ont la primeur sur les autres? Une question qui reste encore sans réponse.