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Gabriel Bender: «La campagne des JO révèle un Valais en perdition»

Le sociologue Gabriel Bender publie «Fioul sentimental», un recueil de chroniques olympiques, qui se veulent un miroir du Valais d’aujourd’hui

Que ce soit lors de dîners de famille, au bistrot à l’heure de l’apéro ou au travail entre collègues, les Jeux olympiques sont sur toutes les lèvres en Valais. Et s’ils font beaucoup parler, ils font également couler de l’encre. Après le plaidoyer de Christian Constantin en faveur des JO intitulé Je voulais vous dire, voici Fioul sentimental du sociologue Gabriel Bender. Un recueil de 116 chroniques, «écrites d’un pouce sur un smartphone» et quasiment toutes publiées sur Facebook sous le pseudonyme Jibril Ben Der. «Il ne s’agit aucunement d’une réponse à l’ouvrage de Christian Constantin», prévient d’emblée l’auteur.

Tendre un miroir aux Valaisans

Dès les premières pages, Gabriel Bender donne le ton, en se moquant du slogan de Sion 2026. «Ravivez la flamme! ça fait un peu réchauffé.» Le sociologue prône un «rire désobéissant, à la Brassens ou à la Boris Vian». En maniant l’humour, il dit ce qu’il pense des Jeux olympiques, mais il se défend de critiquer frontalement les pro-JO. L’ex-député socialiste – il a siégé au Grand Conseil de 1996 à 2004 – ne le cache pas: il est fondamentalement opposé au projet Sion 2026. Mais ce qui l’intéresse réellement, c’est ce que la campagne dit du canton.

A travers ce livre, il veut tendre un miroir aux Valaisans. «Pour moi, c’est l’équivalent de ce qu’a réalisé Maurice Chappaz en 1965 avec Le portrait des Valaisans», mais avec les Jeux olympiques en trame de fond.

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Premier constat de l’auteur qui pose depuis de nombreuses années un regard sans complaisance sur le Valais: la campagne divise plus qu’elle ne rassemble. Dans une de ses chroniques, il écrit que «deux Valais se font face», expliquant qu’il existe aujourd’hui un «Valais qui cherche à savoir en dehors des institutions et qui veut quelque chose d’autre».

Gabriel Bender précise que ces mêmes citoyens ont élu Oskar Freysinger avant de l’éjecter du Conseil d’Etat quatre ans plus tard. Ce sont également eux qui sont allés à l’encontre des partis majoritaires en votant pour une révision de la Constitution cantonale par une Constitutante, en mars dernier. «La campagne sur les Jeux olympiques révèle également ce Valais en perdition, avec des autorités politiques déconnectées de la population», explique Gabriel Bender.

«L’arrogance est célébrée»

Dans un autre texte, il estime que les Jeux rendent «le Valais moins beau, plus renfermé, plus replié sur son nombril, plus étouffant, uniforme, plus affairé aux affaires». Avant d’ajouter «l’arrogance est célébrée». Et pas n’importe quelle arrogance. Celle dont parle Gabriel Bender répond à un schéma bien précis: on livre les arguments et ensuite on passe à l’insulte. «Tu n’as pas compris? T’es un nul, un moins que rien, tu es indigne.» Une spécificité valaisanne, selon le sociologue, qui n’est pas due au hasard, mais naît de l’identité fantasmée du canton, selon laquelle le Valais est un monde viril, de faiseurs, de bâtisseurs. Un mythe auquel Gabriel Bender ne croit pas. Pour lui, l’identité valaisanne n’existe pas.

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Il défend cette idée depuis de nombreuses années. Le postulat d’une âme cantonale est selon lui une machinerie permettant d’exclure les personnes qui n’entrent pas dans le moule. Et cette machinerie a été confisquée par les conservateurs pour que le système en place perdure. Un mécanisme que l’on retrouve dans la campagne sur les Jeux olympiques. Les partisans du projet usent de cette identité fantasmée, analyse Gabriel Bender. C’est de cette vision rêvée du Valais que naît d’ailleurs l’idée que tout le canton doit s’unifier autour d’un grand projet. Le sociologue l’écrit dans une de ses chroniques: «Les Jeux olympiques, c’est le miracle. Il ne faut pas critiquer ou essayer de comprendre. Il faut tout avaler d’un coup, comme l’huile de foie de morue.»

«Le Valais a changé»

Cela, Gabriel Bender ne peut l’admettre. «Pourquoi aurions-nous besoin d’un grand projet et pas de 30 petits?» s’interroge-t-il. «Les Jeux olympiques n’amènent aucune solution aux maux du Valais, tout simplement parce qu’on ne sait pas quels sont ces maux. Aucun diagnostic n’a été fait. Ce n’est pas la première fois qu’on nous propose les JO comme remède. Les partisans de Sion 2026 n’ont pas compris que le monde a changé et que le Valais a évolué», conclut Gabriel Bender.

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