Dernier joujou à la mode des adeptes du jeunisme pour les uns, aspiration aussi légitime qu'utile pour les autres, le droit de vote à 16 ans divise. L'initiative parlementaire de la conseillère nationale Evi Alleman (PS/BE), qui réclame un abaissement de la majorité civique, pourrait être débattue lors de la prochaine session parlementaire, qui débute le 26 mai.

En novembre dernier, la commission compétente du Conseil national a accepté, à une majorité d'une seule voix il est vrai, de donner suite aux propositions de l'élue bernoise, qui ne concernent au demeurant que le droit de vote et pas celui d'éligibilité.

Mais l'initiative d'Evi Allemann n'a pas passé la rampe en commission du Conseil des Etats, qui s'est prononcée très nettement contre, par 9 voix contre 3 au début de cette année.

Dès lors, les partisans du droit de vote dès 16 ans auraient tort de se montrer trop optimistes. Car les particularités de la procédure parlementaire veulent que si les commissions compétentes de chaque conseil ne sont pas d'accord entre elles pour donner suite à une initiative parlementaire, le processus est bloqué faute d'un aval, cette fois, du plénum de chaque chambre. Et il risque en effet d'être difficile à obtenir.

C'est la décision prise en mai 2007 par la Landsgemeinde de Glaris d'accorder le droit de vote aux jeunes dès 16 ans qui avait donné à Evi Allemann l'idée de lancer le débat au niveau fédéral. Depuis, des propositions similaires ont vu le jour dans plusieurs cantons. Mais les débats qu'elles ont provoqués ont été particulièrement âpres.

A Berne, le Grand Conseil n'a accepté que de justesse le droit de vote à 16 ans. Mais le peuple doit encore se prononcer par référendum, et celui-ci n'aura probablement pas lieu cette année encore.

A Uri, une initiative populaire qui va dans le même sens a abouti. Mais à Zurich, la proposition des jeunes socialistes et des Verts a été balayée. Le parlement jurassien n'en a pas voulu non plus. L'Argovie et les Grisons ont également rejeté une telle innovation.

Difficile donc de dire que le vote à 16 ans décidé à Glaris fait tache d'huile en Suisse. Mais la question, indéniablement, fait débat. Fulvio Pelli, le président du Parti radical, a fait mine, l'an dernier, d'y être favorable. Cependant, même parmi les jeunes socialistes, principaux moteurs du changement, les sections romandes sont réservées.

La commission du Conseil national avait justifié l'abaissement de la limite d'âge par le fait que les jeunes devenaient politiquement matures plus tôt aujourd'hui. «Il est donc nécessaire de leur permettre de voter. Les jeunes pourraient ainsi marquer leur intérêt pour la politique de manière moins théorique qu'en suivant des cours d'instruction civique», soutient Evi Allemann.

L'auteure de l'initiative parlementaire n'est pas gênée par l'asymétrie que ferait naître le droit de vote à 16 ans, puisqu'à cet âge-là, les jeunes auraient le droit de participer à des décisions engageant la collectivité, mais n'auraient pas encore la capacité de s'engager eux-mêmes par contrat. «La majorité est un concept relatif. Ainsi, la majorité civile n'est pas la même que la majorité sexuelle», observe Evi Allemann.

Pas sûr que ces arguments convaincront les sceptiques. Les recherches ne semblent pas démontrer, en particulier, que de donner le droit de vote aux jeunes dès 16 ans puisse faire reculer l'abstentionnisme - lequel a d'ailleurs tendance à diminuer avec l'âge. «C'est un gadget», résume abruptement le conseiller national libéral vaudois Claude Ruey, qui ne croit pas un seul instant aux vertus supposées du droit de vote dès 16 ans. Les adversaires voient aussi une contradiction dans le fait que ceux-là même qui, à gauche, réclament de nouveaux droits pour les jeunes au nom de leur maturité avancée, se sont battus contre l'abaissement de l'âge de protection des jeunes dans la loi sur le travail.