Commettre une gaffe, c'est donner des armes à l'adversaire. C'est un propos ou un acte qui modifie l'issue attendue d'un scrutin ou influe sur la lecture d'un résultat. La petite phrase de Kaspar Villiger, alors ministre de la Défense, avant le vote du 26 novembre 1989 sur l'initiative demandant la suppression de l'armée est à ranger parmi les gaffes qui transforment une victoire en défaite. «Si les initiants obtenaient 25% des voix, ce serait une catastrophe», avait-il dit. L'initiative fut approuvée par 35,6% des Suisses. Pour Kaspar Villiger, ce fut une super-catastrophe. Les initiants exploitèrent le seuil fatidique des 25% fixé par le ministre. L'ayant atteint, mieux, dépassé de 10 points, ils crièrent victoire. Le dépôt, par le Conseil fédéral, de la demande

d'adhésion à l'Union européenne, en mai 1992, fut interprété a posteriori comme une gaffe monumentale. Alors que la campagne pour l'entrée dans l'Espace économique européen avait déjà commencé dans les esprits, l'acte du gouvernement ne fut pas un coup de poignard dans le dos des opposants à l'Europe mais une balle tirée dans le pied de ses partisans. Le Conseil fédéral ne mentait pas sur ses intentions, mais il portait un coup fatal à l'idée selon laquelle la participation à l'EEE était un but en soi. La votation du 6 décembre, perdue de peu, fut ainsi un scrutin sur l'adhésion à l'EEE autant qu'à l'UE.