La galaxie des islamistes suisses s’épaissit

La scène djihadiste fascine toujours plus de résidents

La Suisse est aussi sur les dents face à la menace djihadiste. Avec la récente extradition en France de Mourad Fares, alias Abou Hassan, l’étau se resserre autour d’Abou Suleyman, un Suisse de 24 ans devenu émir d’un groupe lié à l’Etat islamique (EI) en Syrie. Les deux hommes étaient très proches. L’arrestation la semaine dernière de cinq recruteurs près de Lyon a permis, elle, d’établir des liens avec un autre djihadiste, valaisan, revenu en Suisse en mars, a appris Le Temps. Celui-ci collabore depuis son retour avec les instances judiciaires, confie une source proche des milieux sécuritaires.

Interdictions d’entrée

Mais surtout, la galaxie des djihadistes liés à la Suisse est en train de s’épaissir. Outre Abou Suleyman, une quinzaine de résidents suisses au moins seraient en Syrie et d’autres interagissent régulièrement avec des combattants de l’EI sur les réseaux sociaux, a pu observer Le Temps. Plusieurs d’entre eux sont basés à Genève, selon ce qu’ils indiquent sur Internet. Ils changent régulièrement de profil, pour brouiller les pistes. Difficile de déterminer à quel point il s’agit de jeunes musulmans radicalisés qui cherchent à provoquer, ou de personnes bien déterminées à partir en Syrie. Certains ne se contentent pas d’approuver les contenus des autres – comme une photo, sanglante, de la première victime d’un djihadiste belge –, mais diffusent eux-mêmes des images de propagande islamiste, avec des commentaires explicites.

La question du retour de combattants partis en Syrie aux côtés de Jabhat al-Nosra ou de l’EI interpelle les autorités. Le PDC vient de proposer plusieurs mesures «pour éviter que la Suisse ne se retrouve dans la ligne de mire des combattants extrémistes». Parmi elles: retirer le permis de séjour aux résidents qui partent combattre à l’étranger, confisquer le passeport suisse aux binationaux, durcir la législation relative au mercenariat et exiger une interdiction de sortie du territoire, «afin de protéger en priorité les jeunes». Le PDC semble oublier que le retrait du passeport ou du permis de séjour est déjà possible. Majd, jeune Jordanien de Bienne parti combattre aux côtés de la milice islamiste des Shebab en Somalie, en a fait les frais. Une interdiction d’entrée sur territoire suisse a été prononcée à son encontre.

La future loi sur le renseignement devrait donner au Service de renseignement de la Confédération (SRC) de nouveaux moyens pour la surveillance préventive, notamment via les écoutes téléphoniques. Mais il serait déjà possible d’en faire plus aujourd’hui, avec les bases légales et les effectifs existants, insistent plusieurs spécialistes contactés. Une manière de dire que les services compétents sous-estiment encore la menace. Lundi, à l’heure des questions au Conseil national, une députée PDC a demandé l’interdiction de l’EI en Suisse, comme vient de le faire l’Allemagne. Réponse, en résumé, du ministre Ueli Maurer: cela n’est pas nécessaire, aucune menace grave ne pèse actuellement sur la sécurité intérieure suisse.

Dimanche, la NZZ am Sonntag révélait que trois Irakiens soupçonnés d’avoir constitué une «cellule» de l’EI en Suisse étaient en détention préventive depuis mars. Mercredi, le Tages-Anzeiger laissait entendre que le trio prévoyait de commettre un attentat, avec des explosifs et des gaz mortels. Et que le SRC avait été informé du risque grâce à un service de renseignement étranger.