Il y a du Alain Berset dans les débuts de Guy Parmelin comme conseiller fédéral. Bientôt 100 jours que l’UDC vaudois est devenu le chef du Département de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), succédant à son collègue de parti Ueli Maurer. Ses premiers pas portent l’allure de l’ouverture et de la latinité. S’il n’a pas marqué de brusque rupture avec son prédécesseur, Guy Parmelin montre des envies d’indépendance.

Une marque de fabrique à ce stade? Guy Parmelin consulte et écoute beaucoup. Il veut éviter les guêpiers, les voies sans issue. Comme Alain Berset et ses acteurs de la santé irréconciliables, Guy Parmelin sait qu’il y a au moins autant de rivalités au sein de l’armée que dans une agence de mannequinat. Les différentes forces sont en concurrence au niveau des moyens financiers et de la conduite. Les luttes stratégiques intestines font des ravages. Elles ont contribué à couler le Gripen.

Guy Parmelin sait aussi que la sécurité forme l’un de ces terrains politiques où les antagonismes sont si puissants qu’ils parviennent à se rejoindre s’il s’agit de détruire une cible commune. Alors, il se montre prudent. En bon Vaudois, il agit tout en rondeur. «Je trouve qu’il s’en sort très bien pour l’instant. Il sait écouter, puis décider et s’imposer. Il est par ailleurs très apprécié au sein de l’armée», estime le conseiller national, et lieutenant-colonel EMG, Yannick Buttet (PDC/VS). Un avis généralement partagé au parlement: «Il a su créer une atmosphère agréable au DDPS. Il montre de l’ouverture», ajoute Thomas Hurter (UDC/SH).

Approche politique globale

En témoigne le lancement de la procédure en vue de l’évaluation d’un nouvel avion de combat. Guy Parmelin a créé un groupe d’experts pour la partie technique, mais aussi un groupe d’accompagnement externe, afin de bâtir un soutien politique et civil autour du futur avion. «Ce groupe aura la mission d’être très critique, de poser toutes les questions», explique le nouveau ministre, manière à peine voilée de dire qu’il veut éviter la cacophonie de son prédécesseur au moment de soumettre l’achat d’un avion au vote populaire.

Lorsqu’il se rend à la Conférence de Munich sur la sécurité, en février, il veille en amont à une bonne collaboration avec le DFAE. Il s’intéresse aux problèmes de sécurité à une échelle internationale. La diplomatie suisse est ravie. Il reçoit le groupement Giardino, en guerre contre la future réforme militaire DEVA, avant les votations finales au parlement.

Dominique Andrey est probablement le plus intelligent de tous les officiers. Il n’a pas une vision passéiste de l’armée.

Dans la même logique constructive, il fait de Dominique Andrey son conseiller militaire. On ne connaît en effet au commandant sortant des Forces terrestres que peu d’adversaires. «C’est une figure incontestée, note un élu fédéral. Cela étant, comme on dit, on n’invite pas forcément un pays qui n’a pas d’ennemi au Conseil de sécurité de l’ONU.» Notre interlocuteur aurait davantage vu au poste stratégique de conseiller militaire quelqu’un de plus jeune que le Fribourgeois, 61 ans, et ayant davantage de distance avec l’institution. Au contraire, Yannick Buttet salue ce choix sans restriction: «Dominique Andrey est probablement le plus intelligent de tous les officiers. Il est la meilleure personne que Guy Parmelin puisse avoir à ses côtés. Il n’a pas une vision passéiste de l’armée.» «Et il a aussi une vision du versant civil de la politique de sécurité, soit la protection de la population. C’est un choix intelligent», ajoute Denis Froidevaux, ancien président de la Société suisse des officiers (SSO).

Prise de distance, mais sans rupture

La deuxième marque de fabrique du caporal Parmelin est sans doute sa prise de distance d’avec le sérail militaire pour composer le reste de son entourage. En nommant Nathalie Falcone, ancienne vice-présidente de l’UDC Vaud et numéro 2 du Département fédéral de l’économie, au poste de secrétaire générale du DDPS, il fait appel à une «femme multilingue, rusée, qui a su exister dans une UDC macho», salue la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD), une «femme romande qui plus est, qui connaît parfaitement les rouages de l’administration fédérale et les processus politiques», ajoute Denis Froidevaux.

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Il puise aussi hors appareil UDC et hors armée son premier conseiller personnel, le PLR vaudois Edouard Chollet. Cet homme de lettres connaît bien la politique, mais davantage à un niveau cantonal et communal que fédéral. Il fait d’Urs Wiedmer, journaliste politique, mais non spécialiste des thématiques sécuritaires, son chef de communication.

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Il n’a pas encore fait de choix par rapport aux personnes de l’ère Maurer qui devraient être changées.

«C’est bien d’avoir envie d’une distance critique par rapport à la hiérarchie et à l’appareil militaire. Mais il faudra voir comment cela se traduit dans les actes. Sur la procédure liée à l’évaluation d’un avion de combat, il fait les choses différemment. Mais sur le DURO, pas du tout», lance Géraldine Savary, évoquant la rénovation controversée et chère de ce tout-terrain militaire, que Guy Parmelin a défendue au parlement, suivant les traces d’Ueli Maurer.

Pour l’heure, le Vaudois a soigneusement évité les décisions qui fâchent. Mais il affirme peu à peu son indépendance. Il a par exemple suspendu le projet de défense sol-air lancé par son prédécesseur suite au rejet du Gripen. Il préfère attendre d’avoir une vue d’ensemble de la situation en matière de défense aérienne avant d’agir. Les observateurs de son département souhaiteraient qu’il fasse encore davantage le ménage. «Il n’a pas encore fait de choix par rapport aux personnes de l’ère Maurer qui devraient être changées», estime l’un d’entre eux.

Une vague romande au DDPS

Troisième marque de fabrique du francophone Guy Parmelin: il affirme sa latinité. En trois mois, il a fait gonfler la part des Romands parmi les cadres du DDPS. Hormis son chef de communication, il n’a nommé qu’un Alémanique à un poste clé, à savoir Daniel Baumgartner, qui sera le nouveau commandant des Forces terrestres. Un choix logique sachant que le Thurgovien est déjà impliqué dans le projet de réforme Développement de l’armée (DEVA). Guy Parmelin devra prendre garde, en nommant le successeur du chef de l’armée André Blattmann au cours du deuxième semestre, de ne pas donner l’impression de favoriser un candidat parce qu’il est Romand. Seules les qualités professionnelles et stratégiques du futur élu devront compter. Il devrait aussi, selon toute vraisemblance, se choisir un deuxième conseiller personnel outre-Sarine.

Reste que ce flot de Romands à la tête du DDPS ne déplaît pas à Thomas Hurter (UDC/SH). Ce changement peut selon lui servir à nourrir un meilleur sentiment envers l’armée en Suisse romande.

Son problème sera son propre parti, l’UDC. A ce niveau-là, il n’est pas sorti de l’auberge.

Guy Parmelin aurait-il donc tout juste jusqu’ici? Disons que le plus dur reste à venir. «Son problème sera son propre parti, l’UDC. A ce niveau-là, il n’est pas sorti de l’auberge», note un proche. L’UDC attend en effet de lui qu’il dope les résultats du parti en terres romandes. Mais aussi qu’il se montre, avec Ueli Maurer, garant de la défense de la ligne UDC au Conseil fédéral. Or, à peine entré en fonction, le nouveau ministre devait déjà répondre à des critiques sur les contrôles aux frontières. Ueli Maurer et lui ont ensuite concocté un plan d’urgence. Mais l’enthousiasme fait défaut. S’affirmer hors du schéma partisan demandera à Guy Parmelin des talents d’équilibristes.

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La galaxie Parmelin

Guy Parmelin a fait bondir en cent jours la part des Romands au sein du très alémanique Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports. Il s’est entouré essentiellement de francophones, dont deux Vaudois. Provincial? «Un conseiller fédéral doit prendre avec lui les meilleurs. Et des personnes critiques aussi, peu importe leur langue ou leur origine», estime Thomas Hurter (UDC/SH). Salué, l’entourage de Guy Parmelin marque un style: l’ouverture et l’indépendance.

Urs Wiedmer, chef de communication: Il est l’ancien présentateur vedette de l’émission de télévision «Arena», incontournable dans le débat politique outre-Sarine. Ce quinquagénaire bernois s’est trouvé au bon moment au bon endroit. Démissionnaire de la RTS, il aurait été approché par la direction de l’UDC Suisse peu avant Noël pour une première prise de température. Le journaliste n’est ni encarté à l’UDC ni réputé proche. Il a visiblement un bon contact avec son nouveau chef.

Nathalie Falcone, secrétaire générale: Attendue au poste de bras droit du chef de département, Nathalie Falcone n’a rien d’une femme alibi. Elle a déjà côtoyé cinq conseillers fédéraux, comme secrétaire générale adjointe du Département de l’économie depuis 1998, et fait l’unanimité de gauche à droite. Elle connaît les rouages de l’administration et a fréquenté Guy Parmelin en tant qu’ancienne vice-présidente de l’UDC Vaud. Originaire de la Broye vaudoise, elle est entrée en fonction le 1er février dernier

Edouard Chollet, collaborateur personnel: C’est la surprise du chef. Cet ex-enseignant et journaliste, conseiller personnel du conseiller d’Etat vaudois Philippe Leuba, aurait été recommandé à Guy Parmelin par des amis. Aussi sympathique et bon vivant sur le papier que bref et fuyant au téléphone, il ne répond à rien. Son rapport à la sécurité? Son grade? Sa ligne si les intérêts de la commune dont il est le syndic PLR, Yvorne, venaient à s’entrechoquer avec les intérêts du DDPS? «Je tiens à rester dans l’ombre», répète-t-il.

André Blattmann, chef de l’armée: Il est provisoire dans la galaxie Parmelin. Le chef de l’armée, 60 ans, s’en ira en mars 2017. Ses rapports de travail ont été résiliés d’un commun accord avec le Conseil fédéral pour des raisons stratégiques. L’entrée en vigueur de la réforme DEVA en 2018 marque le début d’un cycle, elle doit être confiée à un nouveau chef. Guy Parmelin veut un pragmatique, un «connaisseur de la maison», quelqu’un de confiance. La nomination du nouveau, très attendue, interviendra au cours du second semestre.

Dominique Andrey, conseiller militaire: Ce Gruérien établi à Martigny apparaît comme le bon type par excellence. Incontesté au sein de la troupe, ce diplômé en ingénierie civile à l’EPFL a gravi les échelons pas à pas jusqu’à la tête des Forces terrestres en 2008, puis sa nomination en 2012 comme remplaçant du chef de l’Armée. A 61 ans, sa carrière linéaire bifurque. Il aura pour mission de conseiller Guy Parmelin sur les grandes questions de sécurité et projets en cours, notamment la réforme «Développement de l’armée».

?, second conseiller personnel: Guy Parmelin peut encore engager un conseiller personnel aux côtés d’Edouard Chollet. Il se donne le temps de trouver la personne idéale. Ce second conseiller sera vraisemblablement alémanique, si possible de Suisse orientale, ce qui serait un geste politique fort envers une région qui a disparu du Conseil fédéral avec l’élection de Guy Parmelin. Côté profil, «il faudrait quelqu’un du versant civil, un généraliste de la politique de sécurité», estime Denis Froidevaux, ancien président de la SSO.