Si vous rappelez à Gallus Cadonau que vous l'avez souvent vu déambuler dans la salle des pas perdus du Conseil national, il vous répondra d'un sourire entendu. Et pour cause: sa présence sous la Coupole fédérale, qui irrite aujourd'hui encore plus d'un parlementaire bourgeois, fut couronnée de succès lorsque, en juin 1997, le Conseil national décida d'introduire une taxe d'incitation dans la loi sur l'énergie. A partir de ce jour-là, rien ne fut plus jamais pareil en matière de politique énergétique en Suisse. Le débat de la fiscalité écologique était lancé. Il n'est pas près de s'éteindre.

Gallus Cadonau est l'un de ces personnages de l'ombre qui ont une grande influence sur les décisions politiques. Mais ne lui dites pas qu'il est un lobbyiste. Il abhorre ce terme et préfère se définir comme «quelqu'un qui est en mission et qui agit pour défendre ce qui est inscrit dans la Constitution». En l'occurrence, ce sont les articles sur la protection de l'environnement et sur l'énergie qu'il défend. Car il estime que ces deux articles, qui recommandent la lutte contre la pollution et la promotion des énergies renouvelables, ne sont pas respectés.

Agé de 49 ans, mécanicien de formation reconverti dans le droit avec, à la clé, l'obtention d'une licence à l'Université de Zurich, Gallus Cadonau doit sa fibre écologique à ses origines grisonnes. Dès la fin des années 70, il s'est engagé pour la sauvegarde du cours du Rhin. Par le canal de l'association Pro Rein Anteriur, il s'est battu contre un double projet de barrages hydroélectriques à Ilanz et s'est lancé dans la conception de l'Hôtel Ucliva, dans sa commune de Waltensburg. «C'était le premier du genre. Cet hôtel vise à promouvoir un tourisme sain. Il est structuré en coopérative et est alimenté à 84% par des énergies renouvelables. C'est la voie à suivre», soutient-il.

Son goût pour la nature a progressivement glissé sur le terrain du combat politique. Gallus Cadonau a enchaîné avec la défense du plateau de la Greina, à son tour menacé par un projet de barrage. Cet engagement a connu un prolongement. En 1986, Gallus Cadonau a créé la Fondation Greina, qui se bat pour la sauvegarde des cours d'eau alpins et qui regroupe de nombreux politiciens en vue: s'y côtoient Peter Tschopp, René Rhinow, Francine Jeanprêtre, Peter Bodenmann, Eugen David, Marc Suter, John Dupraz, Bernard Comby, Simon Epiney, Bruno Frick. C'est-à-dire des socialistes, des radicaux et des démocrates-chrétiens! La Fondation Greina illustre idéalement la nature du combat mené par Gallus Cadonau: se plaçant au-dessus des partis, il lutte pour des idées et réussit, avec l'obstination qui le caractérise, à sensibiliser et recruter des politiciens de tous bords. C'est ainsi que, au début des années 90, il rassembla des gens de gauche et de droite autour de différents projets solaires.

Il n'a pas agi différemment lorsqu'il s'est engagé, l'an dernier, en faveur de la taxe écologique. Assuré du soutien des socialistes et des écologistes, il a œuvré de manière à entraîner des politiciens bourgeois, notamment des paysans, dans l'aventure. Déjà engagés dans les projets solaires, Marc Suter et Eugen David furent les premiers à se lancer. Au printemps 1997, c'est-à-dire peu de temps avant l'examen de la loi sur l'énergie par le Conseil national, Gallus Cadonau les a fait venir à l'Hôtel Ucliva. «Nous étions d'accord pour dire que cette loi était insuffisante. Nous avons fait le pari d'y glisser une taxe d'incitation. Ç'a marché, et j'ai gagné douze bouteilles de vin», sourit-il.

«De la flibusterie»

La redevance consiste en un prélèvement de 0,6 centime par kilowattheure sur les énergies non renouvelables. Les recettes ainsi engrangées seraient utilisées pour promouvoir les énergies renouvelables (notamment le solaire) et financer la modernisation des centrales hydroélectriques. Mais le Conseil des Etats a une autre approche. Il préfère par exemple utiliser les recettes pour abaisser les cotisations salariales (AVS/AI, perte de gain). Seule une petite partie serait affectée aux économies d'énergie et aux énergies renouvelables.

Ce plan n'emporte pas l'adhésion de Gallus Cadonau. «C'est de la flibusterie. Ce projet ne suffira pas à abaisser les charges salariales, car il ne rapportera que 300 à 400 millions alors que c'est de milliards dont nous avons besoin», s'indigne-t-il. Gageons que l'on verra encore la moustache du bouillant Grison dans les couloirs du Palais fédéral ces prochains mois.