«Si les Fribourgeois avaient leur mot à dire, on profiterait des embouteillages dus à la neige pour distribuer des papillons à tous les automobilistes. On placarderait des affiches partout. Joseph ferait un carton, lui qui, lors des élections au Conseil national, gomme les préférences régionales et devance les autres candidats de 10 000 voix». On sent une légère frustration dans la voix de Nicole Zimmermann, cheffe de la campagne de promotion de la candidature de Joseph Deiss au Conseil fédéral (Le Temps des 20 et 21 janvier).

Comment en effet influencer une élection où tout se décide à Berne dans le petit monde clos des 246 parlementaires fédéraux. C'est tout le problème d'une élection indirecte. Une campagne à l'américaine, même ciblée, pourrait avoir l'effet inverse à celui recherché. «Je me vois mal envoyer à tous les parlementaires fédéraux des cartes postales «Votez Deiss». Si on en fait trop ils se sentiraient sous pression», constate Nicole Zimmermann, présidente du Parti démocrate-chrétien fribourgeois.

Le soutien apporté à Joseph Deiss prend donc la forme d'aide logistique et de conseils de relations publiques effectués en vase clos par une petite équipe d'une dizaine de personnes, toutes membres du Pparti démocrate-chrétien (PDC). «On l'a appelée la task force Deiss. Cela sonne quand même mieux que comité de soutien à l'élection de Joseph Deiss», précise Nicole Zimmermann.

La task force se réunit chaque vendredi soir pour analyser les derniers développements de la course au Conseil fédéral et décider de la manière de faire valoir les qualités de Joseph Deiss, «candidat bilingue pouvant jouer le rôle de pont entre les communautés latine et alémanique». L'équipe comprend notamment le frère du candidat, le préfet Nicolas Deiss, promu conseiller personnel, et le conseiller d'Etat Urs Schwaller. Quelques jeunes PDC ont offert leur aide pour recenser et commenter l'apparition des candidats dans la presse et créer un site Internet (www. Deiss-Joseph. ch).

Fidèle au profil du papable, le surf sur Internet ne garantit pas l'évasion. Les seuls liens fournis aboutissent au parlement fédéral, à l'Université de Fribourg, à la Bibliothèque cantonale ou à l'Etat de Fribourg. Le résumé de l'activité parlementaire débute par une motion visant à transférer une part d'impôt fédéral direct sur la TVA. Trop ancienne, cette motion a été classée, sans débat, en juin 1998. Les internautes entreront peut-être plus facilement dans la révision de la Constitution fédérale pour laquelle Joseph Deiss s'est engagé de manière remarquée. Au chapitre «opinions», on découvre un souffle européen préconisant à la Suisse d'adhérer à l'Union européenne dans les dix ans, et de fortes réticences face à l'engagement accru de l'Etat dans l'économie et le social.

Nicole Zimmermann reconnaît volontiers que Joseph Deiss «ne va pas fournir des projets de société car c'est un homme réaliste et concret». Améliorer le profil du candidat par quelques retouches et mieux le préparer à affronter les médias: tel est finalement l'objectif de la task force. «On peut modifier un peu les choses mais pas changer ses idées et sa personnalité. C'est un Capricorne, il a la tête dure», confie Nicole Zimmermann.

Des clivages politiques

Hors des cercles politiques concernés la candidature du Fribourgeois ne soulève guère de réactions dans le canton. «Un conseiller fédéral fribourgeois? Bof. Qu'est-ce que cela changerait pour nous. Fribourgeois ou pas cela ne fera pas grande différence», remarque ce consommateur attablé dans un bistrot. Pour Nicole Zimmermann, au contraire, «le canton serait fier d'avoir un l'un des siens au Conseil fédéral. Il y a un élan de sympathie, mais il est effectivement plus difficile de faire s'enthousiasmer un grand canton qu'un petit comme le Jura, groupé derrière Jean-François Roth». Une soirée-débat sera néanmoins organisée à Fribourg le 25 février pour ceux qui voudraient savoir ce que Joseph Deiss a dans le ventre.

Des clivages partisans existent. «Je vois difficilement comment on pourrait soutenir Joseph Deiss, affirme Liliane Chappuis, présidente du Parti socialiste fribourgeois. Cette élection n'est pas l'affaire du PS qui considère que la compétence passe avant l'origine cantonale. Le PDC n'a en outre pas soutenu le socialiste Otto Piller lorsqu'il était candidat au Conseil fédéral en 1995».

Le Parti radical, au contraire, appuiera Joseph Deiss. «On lui tient les pouces», précise la présidente cantonale. Ce soutien se manifestera par de «nombreux contacts» noués par le conseiller national radical sortant, Jean-Nicolas Philipona. «Je vais défendre le siège romand et les qualités de Joseph Deiss. Mais je sens le siège latin menacé. Il y a dix jours je lui aurais donné 90% de chances. Aujourd'hui c'est plutôt 50 à 60%». Dans un mois, Joseph Deiss sera fixé sur son sort.