La garde à vue se prolonge pour le roi des ports francs

Justice Interpellé à Monaco, Yves Bouvier a été confronté vendredi à Dmitri Rybolovlev

La mésaventure monégasque d’Yves Bouvier s’est poursuivie vendredi. La garde à vue du patron du groupe Natural Le Coultre, entrepreneur genevois actif dans les ports francs et sur le marché de l’art, a été prolongée une nouvelle fois et ce pour une durée de 48 heures. Une Suissesse, résidente de la Principauté, qui aurait servi d’intermédiaire dans les transactions litigieuses portant sur des toiles de maîtres acquises par le milliardaire russe Dmitri Rybolovlev, pourra elle aussi être retenue jusqu’à dimanche matin. Son mari a par contre regagné son domicile jeudi soir.

L’enquête lancée contre Yves Bouvier, soupçonné d’avoir gonflé les prix des œuvres ou augmenté sa part de commission, a suscité stupeur et incrédulité chez nombre d’observateurs. La justice monégasque, pas vraiment connue pour sa curiosité dans les affaires financières, serait-elle tentée de faire du zèle en faveur de Dmitri Rybolovlev, le président de l’AS Monaco et personnage important du Rocher?

Selon une source bien informée, une confrontation entre Yves Bouvier et l’oligarque a été organisée vendredi après-midi par le juge d’instruction en charge du dossier. Dmitri Rybolovlev serait intervenu à cette occasion en qualité de témoin et spécialiste en œuvres d’art. La plainte ayant apparemment été déposée au nom du trust qui détient les toiles de Picasso, Modigliani, Gauguin, Degas ou encore Léonard de Vinci, dont les prix auraient été surfacturés.

Ex-épouse intéressée

Il y a quelqu’un que cette procédure intéresse beaucoup. C’est l’ex-épouse de Dmitri Rybolovlev, Elena, dont le divorce en cours à Genève comporte des enjeux financiers démesurés. «Ces tableaux ont manifestement été acquis du temps où le couple vivait ensemble. Si les coûts ont effectivement été manipulés, la créance est forcément commune», relève Marc Bonnant, l’avocat de Madame.

Défendu par Mes Luc Brossollet et Charles Lecuyer, Yves Bouvier conteste énergiquement toute responsabilité et toute manœuvre inavouable dans le cadre de ces ventes. Non sans remettre en cause «l’évaluation unilatérale et hautement contestable» de ces œuvres qui est proposée aujourd’hui par Dmitri Rybolovlev.