Donald Tusk a résumé en une formule les enjeux existentiels des négociations entre Londres et Bruxelles: «Etre ou ne pas être ensemble, telle est la question.» Les compromis de part et d’autre de la Manche ont peut-être permis de sauver le mariage européen. David Cameron s’est félicité d’avoir obtenu de Bruxelles les concessions indispensables qui lui permettront de plaider auprès de ses compatriotes le maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne. On est loin du changement de traité qu’il appelait de ses vœux, mais ses demandes ont été largement satisfaites. Suffisamment pour qu’il puisse se prévaloir d’une victoire diplomatique et proposer, en position de force, un référendum pour le mois de juin. Mais pour que son pari, que tous disaient extrêmement risqué, soit gagné, encore faudrait-il qu’après l’aval des Etats européens David Cameron convainque les élus de son propre camp puis les électeurs britanniques de la nécessité de maintenir le royaume au sein de l’Union.

Un acte important se clôt, qui laisse entrevoir un dénouement. Car David Cameron usera de tout son talent de persuasion pour que le oui au maintien dans l’UE l’emporte, sa crédibilité politique est en jeu. Qui aurait parié cela, il y a six mois, à l’issue des élections générales? Les demandes britanniques, notamment en ce qui concerne la liberté de circulation des Européens, paraissaient alors extravagantes. Le rapprochement doit beaucoup aux concessions que Londres a consenties, mais aussi à la créativité des négociateurs européens qui ont su mettre à profit la latitude de manœuvre que permet le traité européen pour transiger sans violer la lettre du texte, ou si peu. Surtout, les Européens ne pouvaient se permettre de perdre le Royaume-Uni.

Depuis que le Brexit a été évoqué, il y a trois ans, la situation de l’Europe a fondamentalement changé. L’Europe, profondément affaiblie par ses divisions, par la crise des migrants, n’était pas en mesure de tenir tête à David Cameron. Le risque d’un Brexit a suffi pour contraindre les Européens à de douloureux accommodements. Mais en lâchant du lest, les Européens envoient un message à tous les Etats membres qui voudraient obtenir des arrangements spécifiques. Les Britanniques obtiennent une clause de sauvegarde qui leur permet de limiter, pour une durée de quatre ans, les aides sociales accordées aux ressortissants européens. Ce n’est pas le moratoire que réclamait David Cameron, mais c’est une brèche dans laquelle pourrait s’engouffrer la Suisse. Comment refuser aux uns ce qui est concédé aux autres?

L’Europe ne peut se passer de la Grande-Bretagne. Mais en faisant des concessions, elle perd peu à peu son âme. Elle survit mais en démantelant son projet qui se réduit comme peau de chagrin. Et, du Danemark à la Hongrie, on voit plus ce qui divise que ce qui rassemble, comme s’il y avait quelque chose de pourri en Europe.