Le Temps: Quel est, à vos yeux, l'enjeu de cette votation?

Emilie Flamand: Notre objectif est de combattre des lois votées par la majorité de droite au Grand Conseil dans un mauvais climat, empreint de dogmatisme. Ces entreprises sont publiques, même si elles sont autonomes. Elles gèrent les transports, l'énergie et la santé dans le canton, des biens qu'il ne s'agit pas de vendre. Dès lors, on ne peut pas se permettre de perdre le contrôle sur leurs activités. Actuellement, la loi garantit la représentation d'un large éventail de la population; il s'agit de la maintenir. S'il y a des problèmes de gestion des établissements publics autonomes, ce n'est pas avec ces lois réductrices que l'on va les résoudre. Au lieu de se contenter d'écrémer les CA, on devrait considérer les différentes dimensions de la gouvernance: la problématique des bonus, la rémunération et la responsabilité des administrateurs.

- Justement, le Conseil d'Etat recommande d'accepter ces lois, car il considère que c'est une étape vers la réforme globale de la gouvernance sur laquelle il planche...

- Je ne partage pas l'avis du Conseil d'Etat: on serait plus efficace si l'on abordait l'ensemble du problème. Nous sommes prêts à travailler sur le projet global que déposera le Conseil d'Etat, car il aura été élaboré en consultant les entreprises concernées, ce qui n'est pas le cas avec ces trois lois, très déstabilisantes.

- Mais à travers le vote du budget, des comptes et des contrats de prestations, le Grand Conseil ne gardera-t-il pas la haute main sur ces régies?

- Les députés n'ont quasiment aucun contrôle sur le budget et les comptes. Par exemple, nous n'avons pris connaissance du budget 2008 des TPG qu'en mars. Quant aux contrats de prestations, ils définissent les objectifs à atteindre en quatre ans. La stratégie se fait en revanche au jour le jour. Pour influencer quotidiennement les choses, il faut siéger dans les conseils d'administration.

- Alors que ces régies doivent faire face à une concurrence accrue et à l'ouverture du marché de l'électricité, n'est-il pas logique que le critère de la compétence l'emporte sur la couleur politique?

- Mais la compétence n'est pas incompatible avec le fait d'exercer un mandat politique! C'est aux partis de nommer des personnes qualifiées. D'ailleurs, dans les lois soumises au peuple, la compétence n'est même pas mentionnée. Au Grand Conseil, la gauche avait pourtant proposé un amendement pour fixer plus précisément les critères de compétence, mais la majorité n'a rien voulu entendre.

- Actuellement se pose aussi le problème de la double casquette. Lorsqu'il a dénoncé l'affaire des bonus aux SIG, on a reproché au député et administrateur MCG Eric Stauffer de mélanger les rôles. Ne faut-il pas se prévaloir contre ce type de dérive?

- Avec son comportement inadmissible, Eric Stauffer ne nous a pas aidés. C'est un trublion, qui a fait beaucoup de choses illégales. Mais ce n'est pas parce qu'une personne pose problème qu'il faut généraliser: je ne veux pas d'une «lex Stauffer»! Ce qu'il faut garantir, c'est que les députés administrateurs ne mélangent pas tout: un membre du conseil d'administration des TPG ne doit pas siéger à la commission des transports. Par contre, pourquoi priver le Grand Conseil d'un député qualifié sous prétexte qu'il est administrateur? Le même débat avait lieu pour les élus policiers. Mais si l'on pousse la logique jusqu'au bout, plus personne ne pourra siéger au Grand Conseil.