L’extension de la gare de Cornavin, à Genève, pourrait se faire en sous-sol. Une expertise indépendante dévoilée vendredi recommande cette solution qui permet d’éviter la destruction d’une partie du quartier des Grottes. Elle coûterait néanmoins 400 millions de francs de plus qu’un agrandissement en surface.

Ce projet pourrait être réalisé d’ici à 2025 et entrerait donc dans le financement fédéral FAIF (financement et aménagement de l’infrastructure ferroviaire). Dans ce cadre, 790 millions de francs sont réservés pour l’agrandissement de la gare de Cornavin. Or une extension souterraine est estimée à 1,2 milliard de francs, selon l’expertise commandée par le canton et la Ville de Genève, l’Office fédéral des transports (OFT) et les CFF.

«Nous devrons trouver ces 400 millions manquants dans les deux ans à venir», a expliqué le conseiller administratif de la Ville de Genève, Rémy Pagani, farouche partisan de l’agrandissement en sous-sol de Cornavin. Mais Genève devra résoudre seule le problème, car Berne ne semble pas disposé à mettre la main au porte-monnaie.

«Si nous ne trouvons pas de solution, alors l’extension en surface sera remise au goût du jour», a averti M.Pagani. Les CFF ont reçu l’autorisation de poursuivre de front les deux projets (en surface et souterrain) afin de parer à toute éventualité, a d’ailleurs souligné Philippe Gauderon, chef de la division CFF Infrastructure.

L’ancienne régie fédérale avait dans un premier temps défendu la construction en surface de deux voies supplémentaires, rendue possible en rasant le bas du quartier des Grottes. Ce projet avait l’avantage, aux yeux des CFF, de pouvoir être réalisé dans les délais et surtout d’être meilleur marché que les options en sous-sol.

Les CFF satisfaits

«La solution des CFF est faisable et moins chère, mais on a trouvé quelque chose de mieux», a néanmoins souligné M.Gauderon devant la presse. Car mis à part son prix, la variante souterraine comporte de nombreux atouts par rapport à l’extension en surface. Elle est ainsi beaucoup plus adaptée à un développement au-delà de 2030.

Deux voies supplémentaires en sous-sol pourraient par exemple être ajoutées sans investissement supplémentaire, ailleurs, sur le réseau ferroviaire genevois. Un avantage dont ne peut pas se prévaloir le projet en surface, qui nécessiterait la construction en 2030 de deux sauts-de-mouton (une voie passant sous une autre), à 250 millions de francs chacun.

A peine exposé, le projet d’extension en surface de la gare de Cornavin avait suscité une levée de boucliers chez les habitants des Grottes. Ceux-ci, regroupés au sein de l’association Collectif 500, refusent l’idée d’une destruction d’une partie de leur quartier et de 380 logements.

Initiative maintenue

Pour marquer son opposition, le Collectif 500 a lancé une initiative demandant une extension souterraine de la gare qui a récolté 16 300 signatures. «Nous maintenons notre initiative, tant que le financement du projet souterrain n’est pas assuré», souligne Morten Gisselbaek, le porte-parole de l’association.

Les Genevois seront donc appelés à voter si l’agrandissement en surface est à nouveau à l’ordre du jour. Le Collectif 500 refusera en outre que la construction d’autres infrastructures ou que des projets à Genève soient mis en péril en raison des 400 millions de francs qu’il faudra trouver pour boucler le financement.

La conseillère d’Etat genevoise Michèle Künzler s’est déclarée pour sa part ravie des conclusions de l’expertise indépendante. Cette solution, dont le coût à long terme équivaut à celui du projet en surface, offre les meilleures opportunités pour Genève et pour la Suisse, a fait savoir la magistrate écologiste.