Gaston Baudet, un nom connu de tous les Fribourgeois et plus particulièrement des supporters du HC Gottéron. A chaque grand rendez-vous à la patinoire de Saint-Léonard, temple du hockey sur glace, il est là, derrière son micro, pour haranguer la foule. Un activisme qui se fera bientôt plus discret. Le président de cette équipe a décidé, à 48 ans, de tirer sa révérence cet été après avoir transformé le club en société anonyme et collecté quelques millions de francs auprès d'entreprises fribourgeoises et internationales pour sauver, à deux reprises, le club de la faillite.

D'où est venu l'argent? Le mystère est épais, comme dans de nombreux clubs sportifs, puisque les sponsors n'apparaissent pas tous sur le devant de la scène. «Je ne sais pas vraiment comment Gaston Baudet a réussi à réunir ces sommes et ne sais pas non plus s'il a mis des fonds personnels dans le club. Ce que je sais par contre c'est que le président du HC Gottéron est un homme parfaitement honnête», affirme un proche depuis plusieurs années. L'appréciation est partagée par de nombreuses personnalités du monde politique et économique qui ont affaire, à titre professionnel, privé ou sportif, avec ce notable discret et réservé, toujours tiré à quatre épingles.

«Son entreprise travaille de manière très sérieuse, affirme un industriel de la place. Sa fiduciaire, pour la partie régionale que je connais bien, est au-dessus de tout soupçon. Je sais que plusieurs de ses employés ne resteraient pas au sein de la société s'il y avait la moindre magouille.»

Les compétences professionnelles du stratège financier et conseiller fiscal Gaston Baudet, membre du comité directeur de la Chambre fribourgeoise du commerce et administrateur d'une soixantaine de sociétés, sont largement reconnues. Conseiller recherché, il a notamment participé à la procédure de consultation sur la réforme fiscale fribourgeoise. «Franc de collier», «excellent gestionnaire de crise», «franc et direct»: les éloges sur ce passionné de hockey, ami de grands cuisiniers et fin gastronome, sont nombreux et unanimes.

Pourquoi donc un parfum de scandale et des rumeurs, véritable gangrène fribourgeoise depuis quelques années, enveloppe-t-il ce fils de contremaître qui a fait fortune grâce à sa fiduciaire, fondée en 1983, spécialisée dans le conseil fiscal international et l'évaluation d'entreprises? La réponse tient en un mot: «russe».

Responsable des finances du club de hockey lors de la négociation des contrats, en 1989, avec les joueurs russes Slava Bykov et Andreï Khomutov, il a connu Vladimir Beniachvili, qui a profité de ses contacts sportifs à Fribourg pour faire des affaires (Le Temps du 17 août 2000). Or Vladimir Beniachvili est l'une des personnes soupçonnées dans le cadre de l'enquête avortée «mafia russe» menée à la fin des années 1990 par la police fribourgeoise sous la conduite du juge Patrick Lamon, «démissionné» à la suite de l'affaire Grossrieder.

Gaston Baudet est également administrateur de Base Metal Trading SA, une société de négoce de métaux basée à Fribourg, au centre d'un litige international autour de l'acquisition frauduleuse d'une usine d'aluminium en Sibérie. Selon les plaignants, dont Base Metal Trading (BMT), l'opération aurait fait d'eux des victimes de procédés mafieux (Le Temps du 14 février).

Intarissable sur le hockey helvétique, Gaston Baudet devient prudent et discret lorsqu'il aborde le cas de BMT. «Je suis lié par le secret professionnel. Je ne peux pas révéler le chiffre d'affaires de cette entreprise. Je ne suis que conseiller fiscal pour le groupe», explique le patron de Fidutrust, qui emploie 25 personnes et dispose d'un portefeuille de quelque 400 clients, principalement des entreprises.

Des activités séparées

«Les sociétés russes ne sont pas clientes chez nous. Aucune société d'origine russe ne fait partie de la clientèle de Fidutrust», affirme Gaston Baudet. «Je n'ai jamais été entendu par la justice fribourgeoise, que ce soit dans le cadre de l'enquête mafia russe ou pour une autre affaire. On a parfois accueilli des commissions rogatoires, mais c'est normal dans ce métier. Et ce n'était jamais en relation avec la mafia ou des sociétés russes.» Quant à Vladimir Beniachvili, Gaston Baudet admet qu'il s'agit «d'une bonne connaissance», mais qu'il n'a «jamais fait d'opérations commerciales avec lui». D'ailleurs, poursuit-il, «je n'ai jamais mélangé mes activités sportives avec ma vie professionnelle».

Décrit comme quelqu'un de généreux, notamment pour avoir recueilli quatre enfants à la suite du décès d'un couple d'amis, Gaston Baudet ne s'explique pas les boulets qu'on lui fait traîner. «C'est quelqu'un de naturellement discret sur sa vie professionnelle. Cela le dessert. Et puis, la réussite cela peut rendre jaloux. Dans le public, l'amalgame entre la mafia russe, l'argent et le HC Fribourg-Gottéron est aussi très facile à faire», explique un proche observateur du double visage contradictoire de Gaston Baudet, à la fois homme public et conseiller de l'ombre moulé dans la discrétion.