Le scandale des bulletins de vote falsifiés aura au moins animé les débats électoraux de Bâle-Ville. Hormis ces deux affaires impliquant les candidats au Grand Conseil Walter Hammel et Eric Weber (LT du 12.10.2004), le scrutin du 24 octobre n'a en effet guère déchaîné les passions. Et pourtant, cette première échéance importante depuis les élections fédérales de l'an dernier pourrait aboutir à rien moins qu'un changement de majorité au gouvernement. Quinze candidats dont les six sortants se disputent sept sièges, mais à Bâle comme ailleurs, la polarisation gauche-droite est de plus en plus évidente, et on luttera bloc contre bloc. Actuellement, la coalition de droite – libéraux, PRD et PDC – tient les rênes avec quatre élus, mais si l'on se fie aux résultats des dernières élections fédérales, le résultat pourrait s'inverser au profit de la liste PS-Verts. D'autant que c'est un bourgeois, l'actuel directeur libéral des finances Ueli Vischer qui ne se représente pas.

Chaque camp aiguise donc ses lames pour récupérer la place vacante. Une chose est sûre, elle ne reviendra pas à un autre libéral. Le parti ne représente que l'actuel responsable de l'éducation Christoph Eymann. Depuis les revers subis l'an dernier au Conseil national, il s'interroge surtout sans guère d'enthousiasme, sur une union avec les radicaux, en redoutant de subir un nouveau revers.

Plutôt populaire et au bénéfice d'un solide comité de soutien, le démocrate-social (PDS) Hans Martin Tschudi, ministre de la Justice, a de réelles chances de retrouver son siège. Chez les radicaux (PRD), on compte sur un jeune juriste, Mike Bammatter, pour récupérer le siège d'Ueli Vischer. Mais au-delà de la publicité malvenue assurée par Walter Hammel, il y a d'autres déconvenues à gommer, et en premier lieu le déclin ressenti lors des élections fédérales 2003.

Quant à l'UDC, dopée par son entrée en fanfare il y a quatre ans au Grand Conseil, elle n'est pas pour autant sur le point de parvenir au Conseil d'Etat. Elle est emmenée par Angelika Zanolari, une politicienne dont tous n'apprécient pas le style direct et provocateur. Très blochérienne elle a provoqué une crise au sein de son parti en début d'année lorsque six députés, peu convaincus par son agressivité ont quitté l'UDC pour créer le Parti bourgeois.

Dans l'autre camp, il s'agit avant tout pour les socialistes (PS) de récupérer le siège perdu en 2000 avec la réélection manquée de Veronica Schaller. Depuis, l'horizon s'est éclairci, notamment grâce à l'arrivée au Conseil des Etats d'Anita Fetz, et deux nouveaux candidats, Eva Herzog (PS) et Guy Morin (Vert) se profilent sur la liste. En tout cas, la polémique de l'été autour de dons reçus pour financer sa campagne n'alarme par le parti. «Cela n'a rien à voir avec ce qui touche les radicaux et leur candidat Walter Hammel», estime le député socialiste Christoph Brutschin.

Du côté des outsiders, Thien Egi concourra pour les Démocrates suisses. Quatre candidats représentent une alliance contre la pauvreté et l'exclusion. Pour départager tout ce monde, il faudra à coup sûr un second tour, prévu pour le 28 novembre.

Au-delà des personnes, les sujets de débat n'ont pas manqué. Alerté par les licenciements survenus dans quelques entreprises, le PRD s'inquiète pour le statut économique de Bâle, «de manière souvent trop alarmiste», estime-t-on à gauche. Chez les radicaux comme du côté de l'UDC on veut revoir les charges fiscales à la baisse, car on redoute, l'exode croissant observé ces dernières années.

Autre thème clé, celui de l'intégration, une «question cruciale pour toutes les villes» selon Angelika Zanolari. Il y a quelques semaines le projet de tests linguistiques comme garant d'une insertion avait défrayé la chronique. L'obtention d'un permis de séjour passerait à l'avenir par la fréquentation de cours d'allemand. Pour Bâle la frontalière, ce sont surtout les personnes en provenance de l'ex-Yougoslavie qui animent les débats.

Quant à l'accession au parlement, là aussi, la lutte pour les 130 sièges, marquée par de nombreux petits partis, promet d'être rude pour les 988 candidats. Et là aussi, les yeux sont rivés sur l'UDC plutôt impressionnante il y a quatre ans avec un gain de 13 sièges. Jusqu'en 1999, le parti était presque inexistant dans la ville rhénane.