Dans les rangs de Solidarités, l’heure était à la jubilation dimanche: pour la première fois, la formation de la gauche radicale est parvenue à faire élire l’un des siens lors d’un scrutin majoritaire à Genève. C’est Daniel Devaud, 58 ans, qui occupera le siège laissé vacant à la Cour des comptes, l’organe de contrôle des administrations publiques. Gratifié de 51,8% des voix, il s’impose face à l’UDC Yves Nidegger, le candidat de la droite. La participation s’est élevée à 29,2%. Un bien maigre résultat pour cette élection partielle. L’élection générale de la Cour, qui avait eu lieu en 2006, avait mobilisé quelque 42% des électeurs.

Présenté par Solidarités et soutenu par l’ensemble de la gauche, Daniel Devaud, juge à la Cour de justice, a permis à son camp de demeurer majoritaire à la Cour des comptes après la démission de la socialiste Antoinette Stalder en juin dernier. Il devrait, au plus tard, rejoindre ses deux collègues, le Vert Stanislas Zuin et le PDC Stéphane Geiger le 1er janvier 2012. L’élection générale de la Cour est agendée en avril, mais les magistrats actuels devraient rester en place pendant plusieurs mois après cette échéance.

Faux départ

A droite, l’échec d’Yves Nidegger constitue un fort mauvais départ pour l’alliance conclue entre l’Entente bourgeoise (PLR, PDC) et l’UDC. Après cette première tentative à l’échelle cantonale, la coalition se reformera pour l’élection au Conseil des Etats. A cette occasion, l’UDC ne présentera pas de candidat, mais soutiendra le ticket constitué du PLR Christian Lüscher et du PDC Luc Barthassat.

Si Daniel Devaud a réussi à damer le pion à Yves Nidegger, «c’est grâce à la campagne très bien construite par l’Alternative, et aussi grâce à des soutiens extérieurs comme celui de l’ancien conseiller d’Etat radical Guy-Olivier Segond», relève le magistrat. René Longet, le président du PS qui avait lui-même été candidat avant de s’effacer devant la candidature de Daniel Devaud, se réjouit de voir «entrer à la Cour des comptes le candidat de la gauche, plutôt qu’Yves Nidegger, qui est d’emblée fâché avec l’Etat et qui s’en méfie».

Mais au-delà du résultat de l’élection partielle à la Cour, c’est le signal politique donné par les électeurs à cinq semaines des élections fédérales qui focalisait l’attention des partis dimanche. Pour René Longet, il ne fait aucun doute que la gauche réitérera son succès le 23 octobre: «La population a montré qu’elle voulait un Etat régulateur. Avec la crise monétaire et la dernière affaire UBS, elle ne fera pas confiance à des candidats ultra-libéraux qui ne jurent que par les banques.» Pour le conseiller national socialiste Carlo Sommaruga, le résultat des urnes traduit une erreur stratégique de la droite: «Cela montre qu’une alliance abrupte, constuite en violentant ses électeurs, ne fonctionne pas.» «L’alliance de l’Entente avec l’UDC est bancale, renchérit le président des Verts Yvan Rochat, ils ont des divergences sur des questions fondamentales au niveau national, comme les relations avec l’Union européenne.»

Stauffer: «L’Entente est morte»

Secrétaire de Solidarités, Pierre Vanek voit dans l’élection de Daniel Devaud «un signe très positif pour les deux listes d’Ensemble à gauche, en vue de la reconquête d’un siège au Conseil national». Les partis de la gauche dure, partis divisés, avaient perdu leur fauteuil au profit du PS en 2007. Eric Stauffer, le chef de file du MCG qui avait appelé à voter pour Daniel Devaud, clame pour sa part que «l’Entente est morte. Le résultat d’aujourd’hui montre c’est elle qui perdra un siège au Conseil national au profit du MCG».

A droite, on s’effore de relativiser l’échec subi. «J’ai en gros été soutenu par un électeur sur deux, je ne pense donc pas que ce résultat soit la fin des espoirs de la droite de gagner un jour, note Yves Nidegger. Mais il n’y avait pas la même ferveur dans les deux camps. Alors que la gauche appelait à voter pour son brillant candidat Devaud, la droite disait qu’il fallait voter Nidegger parce qu’elle n’avait pas le choix...» Malgré tout, l’UDC respectera le pacte et appelera à voter le ticket Lüscher-Barthassat aux Etats, assure Yves Nidegger.

«Ce n’est pas parce que nous avons pris un but que nous avons perdu le match», martèle le président du PLR Alain-Dominique Mauris, pour qui l’alliance avec l’UDC garde tout son sens. «Nous devons apprendre à travailler ensemble et nous devons maintenant remobiliser nos électeurs», estime le chef de file libéral-radical, qui dit ne déceler aucun malaise au sein de son électorat par rapport à l’alliance avec l’UDC.

Président du PDC, François Gillet est moins catégorique: «Au niveau de la direction, les choses sont claires, mais pour la base du PDC et du PLR, c’est vrai que cela n’a pas toujours été facile. Il y a eu dans nos rangs quelques réactions hostiles. Malgré le résultat de ce dimanche, nous espérons que les électeurs de l’UDC se mobiliseront pour l’Entente lors de l’élection au Conseil des Etats.» Verdict le 23 octobre.