Le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), Jacques de Haller, brigue un siège pour le PS bernois au National cet automne. Alors que les praticiens sont devenus des acteurs de poids dans les débats politiques, leur patron s’exprime sur les grands dossiers de la santé.

Le Temps: Vous êtes candidat socialiste pour un siège au National, où siège déjà le vice-président de la FMH, Ignazio Cassis. Pourquoi?

Jacques de Haller: Siéger au National me permettra de compléter le mandat de nature politique que je remplis à la FMH. Je parcours les couloirs du Palais fédéral depuis sept ans, je connais les dossiers et me suis constitué un réseau. Cela demande à être utilisé. Par ailleurs, Ignazio Cassis a été élu à la FMH en tant que parlementaire, c’est une autre priorité.

– Si vous êtes élu, vous n’abandonnez pas la présidence de la FMH…

– Non. Cette présidence est toutefois soumise à réélection à la fin mai 2012.

– La profession de médecin, jadis libérale, est-elle devenue de gauche?

– Depuis dix ou quinze ans, les options politiques de base du corps médical, comme le libre choix du médecin ou le soutien à la médecine de premier recours, sont davantage défendues par la gauche. Les praticiens commencent à le réaliser.

– Faut-il une rémunération par le tarif médical uniforme TarMed plus élevée pour les médecins de famille?

– De par la structure du tarif, les médecins de famille sont pénalisés. Il faut revaloriser des activités telles que les visites à domicile ou le suivi des patients chroniques. La FMH y travaille avec les partenaires et Didier Burkhalter. Cela ne se fera toutefois pas au détriment des spécialistes, dont les revenus, lorsqu’ils sont plus élevés, proviennent en grande partie de l’assurance privée. A l’inverse, le coût de quelques actes effectués beaucoup plus rapidement que par le passé doit être réexaminé à la baisse.

– Le modèle du praticien seul dans son cabinet a vécu?

– Certains médecins veulent travailler seuls, ils en ont le droit. Mais la plupart des praticiens souhaitent mieux concilier vie privée et activité professionnelle. Aujourd’hui, 70% des étudiants en médecine sont des femmes, elles sont en général plus attentives à cet équilibre.

– Daniel Schmutz, le directeur d’Helsana, estime que les médecins devraient davantage déléguer, au profit des infirmières, des pharmaciens ou de la technologie.

– Il faut revoir la répartition des rôles, mais pas sur une base purement économique. La FMH et l’Académie des sciences médicales y réfléchissent. Qui coordonnera? La loi prévoit que ce sont les médecins, en se fondant sur les compétences et la formation. Le projet sur les réseaux de soins, au parlement, prévoit que les infirmières assument certaines fonctions. Cela dit, Daniel Schmutz se dit fasciné par un accessoire pour iPhone permettant de tester son sang. Quand on est sur le terrain, on attend de voir avant de s’enflammer.

– Vous évoquez les réseaux de soins. Sont-ils incontournables?

– C’est en tout cas très positif. Les médecins communiquent entre eux sur les options thérapeutiques, les dossiers médicaux sont mis en commun dans le respect du secret médical. Les patients bénéficient d’une qualité de suivi plus cohérente. Cela dit, il est fondamental que les patients et les médecins et, dans une certaine mesure, les assureurs, restent libres de s’affilier à un réseau ou non.

– Selon un recensement de la FMH, 40% des médecins actifs dans les hôpitaux suisses ont un diplôme étranger. Cela pose-t-il un problème?

– Nos hôpitaux ne fonctionneraient plus sans médecins étrangers. Mais le fait de «piquer» les médecins à d’autres pays n’est pas correct. De plus, pour bien fonctionner dans notre système, il faut le connaître. La FMH souhaite que les médecins qui viennent travailler en Suisse puissent bénéficier d’une période d’introduction, prise en charge par les cantons ou les employeurs.

– Est-ce que certains praticiens étrangers sont moins bien formés?

– En principe non, mais le corps médical, au niveau européen, étudie la possibilité de contrôler la qualité de la formation des médecins, qui diffère selon les pays, les lieux de formation ou la qualité des hôpitaux.

– Le nouveau mode de financement des hôpitaux prévoit, dès 2012, une indemnisation des séjours en fonction du diagnostic, et non de leur durée. Certains médecins se disent inquiets…

– Cela implique un changement d’optique. La FMH surveillera activement la qualité des soins et les conditions de travail. Le fait que 23 cantons utilisent déjà les forfaits permet de relativiser ces soucis.

– A terme les patients pourront choisir leur hôpital en fonction de critères de transparence.

– Il est normal que les patients souhaitent savoir si un hôpital opère un pancréas toutes les semaines ou tous les six mois. Concernant la répartition de la médecine de pointe, dont la qualité dépend directement de l’expérience des soignants, il serait positif que les conseillers d’Etat s’entendent enfin!

– Helsana, le Groupe Mutuel et Sanitas fondent une association pour concurrencer Santésuisse. Cela vous inquiète?

– Cela pose le problème de la fiabilité de nos partenaires. Devoir négocier avec une ribambelle de groupes d’assureurs est à rebours du bon sens.