L’Union syndicale suisse (USS) lance aujourd’hui son initiative populaire pour l’introduction des salaires minimaux. Elle a jusqu’au 25 juillet 2012 pour déposer les 100’000 signatures requises, selon la Feuille fédérale parue mardi.

Le texte requiert de la Confédération qu’elle fixe un salaire minimum légal, érigé en «limite inférieure contraignante». Il devrait se monter à 22 francs par heure – soit 3800 francs par mois pour une semaine de 40 heures, 4000 francs pour 42 heures. Son montant sera ensuite indexé sur l’évolution des salaires et des prix. Des dérogations seraient possibles «pour des rapports de travail particuliers». Les cantons pourraient aussi «édicter des suppléments contraignants» au salaire minimal.

Le comité d’initiative comprend notamment le président du PS Christian Levrat, son homologue écologiste Ueli Leuenberger, ainsi que Jean Ziegler et Jean-Michel Dolivo, figure historique de la gauche trotskyste vaudoise. Le texte semble calibré pour servir de locomotive électorale au Parti socialiste, aujourd’hui à la peine dans les sondages, en vue des élections fédérales de l’automne

«Avec leur initiative, les syndicats engagent la lutte contre les pressions salariales sur une nouvelle voie», a déclaré le président de l’USS Paul Rechsteiner devant la presse. «Près d’une personne sur dix travaille pour un salaire scandaleusement bas», a dénoncé Vania Alleva, du syndicat Unia, soit quelque 400’000 individus.

Selon elle, de nombreuses branches sont confrontées au dumping salarial, dont l’industrie alimentaire, la branche textile, l’agriculture, le personnel de maison, la vente ou les soins cosmétiques. Mais les bas salaires sévissent même dans des secteurs inattendus, comme les assistantes en pharmacie ou le personnel de cabine.

Actuellement, en Suisse, seuls les salaires de 40% des personnes actives sont protégés par des salaires minimaux, a expliqué l’économiste en chef de l’USS Daniel Lampart. Mais même dans ce cas, la protection est parfois lacunaire, d’après lui.

Plusieurs études ont montré les salaires minimaux ont un effet largement neutre sur le chômage, selon Daniel Lampart. L’introduction d’un seuil permet par exemple à certains d’abandonner leur second emploi, qui devient ainsi disponible pour d’autres.

L’initiative «pour la protection de salaires équitables» est soutenue par le Parti socialiste. Le comité d’initiative comprend aussi des membres des Verts, du Parti chrétien-social et d’A gauche toute. Les milieux économiques mèneront campagne contre le texte, argumentant qu’il menace des places de travail et la compétitivité de la Suisse. Lundi, le nouveau ministre de l’économie Johann Schneider-Ammann a aussi critiqué l’initiative.

Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes, voit dans l’initiative un «aveu de faiblesse des syndicats»: «Ce qui relève du partenariat social va relever de l’Etat, explique-t-il. C’était leur affaire de négocier, de donner les tendances générales des salaires. C’est un aveu de faiblesse comme j’en ai rarement vu. Les syndicats ont longtemps été opposés au salaire minimum, mais là, il y a une jeune garde qui arrive...»

Le représentant patronal ne veut pas spéculer sur les chances de succès d el’initiative: «On ne sait jamais, ce genre de vote peut être très émotionnel.»