Élection

La gauche, la droite et Axel Marion

Le candidat PDC est une figure influente au Grand Conseil vaudois. Mais dans la course au Conseil d’Etat pour remplacer Pierre-Yves Maillard, son parti a des ressources très limitées

Dans le Pays de Vaud, rejoindre le PDC relève de la vocation: on entre au parti comme on entrerait au séminaire, en sachant que les ouailles ne seront pas très nombreuses. Aux dernières élections fédérales, le poids du PDC dans le canton oscillait entre seulement 3 et 4%. Contrairement aux cantons du Valais et de Fribourg, ou même de Genève, où le PDC est perçu comme un parti de centre droit, la section vaudoise est moins prévisible. D’un vote à l’autre, le parti représenté dans le groupe PDC-Vaud libre au Grand Conseil (cinq députés) fait office de balancier.

A Berne pourtant, le siège du parti vaudois au Conseil national semble depuis quelques années une affaire qui roule. L’homme de radio Jean-Charles Simon puis Jacques Neyrinck et sa notoriété ont laissé place à un autre personnage public, Claude Béglé, ancien président de La Poste. Le PDC vaudois serait-il une affaire de personnes, plus que de poids politique?

Son candidat au Conseil d’Etat Axel Marion, père de famille quadragénaire, historien des relations internationales, spécialiste des questions européennes, cadre de la Conférence des recteurs suisses, «est l’un des députés qui comptent au Grand Conseil», dit-on à droite. En quinze ans de politique, sept ans aux législatifs vaudois et lausannois, Axel Marion n’a pas lâché son objectif d’œuvrer pour l’élaboration d’une politique publique pour la classe moyenne. Il a coprésidé le comité de soutien à la RIE3 cantonale, s’est engagé pour une hausse des allocations familiales, chose faite depuis le 1er janvier 2019. Dans le domaine qu’occupe actuellement Pierre-Yves Maillard, celui de la santé et de l’action sociale, Axel Marion s’est, entre autres, intéressé au manque de stratégie cantonale de prévention et de promotion de la santé, et à l’aide aux entreprises offrant des apprentissages à de jeunes adultes en situation difficile.

Nouvelle ère post-Maillard-Broulis

Il imagine avec optimisme pouvoir grappiller des votes jusqu’à atteindre «12 à 15%» des voix lors de l’élection complémentaire du 17 mars 2019. Cette élection où la droite va tenter de reprendre la majorité au gouvernement.

A ce sujet: Pascal Dessauges: «L’exécutif vaudois a besoin d’un regard de droite»

«Ma candidature n’aurait pas eu le même poids dans la période où l’axe Maillard-Broulis était fort. Avec leurs départs, le moteur de ces dernières années va disparaître et les risques existent de nous retrouver avec un Conseil d’Etat qui ronronne ou qui se déchire. Je propose un gouvernement orienté vers le centre, dans la même trempe que le rôle que jouait Doris Leuthard au Conseil fédéral. Cela apaise les collèges, car nous avons des personnalités de compromis», dit-il.

On le sait depuis la semaine dernière, le Parti libéral-radical appelle à élire le candidat UDC Pascal Dessauges, mais la partie de la base PLR qui ne voudrait pas faire le jeu de la droite nationaliste se rabattra-t-elle plutôt sur le candidat centriste? «J’ai en effet pas mal de retours de personnes de sensibilité PLR qui m’ont fait part de cette décision-ci», acquiesce Axel Marion.

Autre son de cloche auprès de Laurine Jobin, la secrétaire générale du PLR vaudois. «Je n’ai eu vent d’aucune remarque allant dans ce sens. Lors du congrès adoptant le soutien du PLR à Pascal Dessauges, les votes étaient très clairs. Si l’alliance de droite se fait plus volontiers avec l’UDC et les Vert’libéraux, c’est que le parti d’Axel Marion représente le centre gauche. Jetez un œil aux derniers votes importants, que ce soit sur le remboursement des soins dentaires, l’aménagement du territoire ou la politique pénitentiaire, le PDC a voté à gauche.» «Souvent comme les Vert’libéraux, rétorque Axel Marion. Par contre, j’ai voté avec la droite pour la baisse de 3 points d’impôts des personnes physiques, sur les questions de sécurité, pour le soutien aux entreprises, et nous avons suivi la proposition du PLR de rendre autonome la gouvernance du CHUV.»

Quid du second tour?

Si le premier tour de l’élection place la socialiste Rebecca Ruiz et l’UDC Jacques Dessauges en tête, que fera le candidat PDC: se maintiendra-t-il ou laissera-t-il la liberté de vote à ses partisans? L’intéressé n’exclut aucune hypothèse.

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Il en résulte que, si l’on parle peu d’Axel Marion dans la campagne pour le Conseil d’Etat, sa candidature est jouée comme un joker, car au second tour, les candidats s’arracheront ses voix. A défaut d’être élu, il se pourrait qu’il devienne incontournable.

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