Genève

La gauche fustige les comptes présentés par le gouvernement

L’annonce du Conseil d’Etat de «provisionner» 207 millions de francs pour la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève nourrit toujours des suspicions dans les rangs de l’Alternative. Laquelle y voit une manœuvre politique

A Genève, l’annonce du Conseil d’Etat de «provisionner» 207 millions de francs en faveur de la Caisse de prévoyance de l’Etat de Genève (CPEG) nourrit toujours des suspicions dans les rangs de la gauche. Cette dernière demeure convaincue que l’exécutif a sciemment péjoré, par cette provision, les comptes du canton afin de soutenir sa politique d’austérité. Mardi, le gouvernement annonçait des comptes 2015 déficitaires de 21 millions de francs. Lors de cette présentation, le Conseil d’Etat s’est défendu d’un tel artifice, invoquant simultanément des exigences légales de la Loi fédérale sur la prévoyance (LPP) et les recommandations de son service d’audit interne (SAI).

Pour mieux comprendre la perplexité de la gauche, il faut revenir aux objectifs fixés par la LPP et à la santé financière de la CPEG. Au 31 décembre 2015, le taux de couverture de la CPEG s’est établi à 59,8% contre 61,6% l’année précédente. Victime de mauvaise performance sur l’exercice 2015 (-0,4%), la caisse a été contrainte de puiser dans ses réserves pour près de 75 millions de francs. Or, la LPP impose un objectif chiffré à la caisse de pension des fonctionnaires: en 2052, son taux de couverture doit passer la barre des 80%. En outre, elle fixe des étapes intermédiaires, à savoir un taux de 60% en 2020 et de 75% en 2030.

Aux yeux de la gauche, le premier seuil de 2020 sera bel et bien dépassé et il n’y a donc pas d’urgence à provisionner autant d’argent en un seul exercice. Demeure la question de la nature même des «recommandations» du service d’audit interne de l’Etat, écrit le quotidien 20 Minutes. Mais deux experts d’institutions de prévoyance de corporations de droit public, contactés par Le Temps, remettent en doute l’impérative nécessité de suivre les recommandations de la SAI. «L’Etat indique déjà qu’il déroge à l’une des normes IPSAS (normes comptables internationales du secteur public, ndlr) sur la question de la provision des 207 millions, car incapable d’estimer avec suffisamment de fiabilité le montant de ladite provision, indique l’un d’eux. Et pour cause, il faudrait être très fort pour prédire l’évolution conjoncturelle de ces 14 prochaines années (2030, ndlr).» «Sans vouloir préjuger de cas précis, on peut tout à fait imaginer que d’autres hypothèses auraient conduit l’Etat à provisionner un montant plus élevé, ou pas d’ailleurs, que ces 207 millions de francs», avance un autre. Une seule certitude, cette question doit ressurgir en Commission des finances, ce dossier ayant été remis à l’ordre du jour.

Pour le député socialiste Roger Deneys, la stratégie du gouvernement est limpide: «Les comptes déficitaires lui permettent d’imposer son plan d’économie. De surcroît, la santé de la CPEG lui permet de faire pression sur la fonction publique alors que des négociations entre eux sont en cours.»

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