élections cantonales

La gauche genevoise invente l’union à deux listes

La gauche a des objectifs communs mais part séparément à l’assaut du gouvernement. Les Verts et le Parti socialiste d’un côté, Ensemble à gauche de l’autre. Au risque d’égarer des voix

Les candidats pour le second tour de l’élection au Conseil d’Etat (6 mai) sont désormais connus. Ils sont 11 en tout, contre 31 au premier tour. La gauche en présente quatre, répartis sur deux listes. Le communiqué où figurent les logos des trois formations de l’Alternative tient de l’équilibrisme: insister sur l’objectif commun, minimiser la scission.

Le Parti socialiste, les Verts et Ensemble à gauche (EàG) sont d’accord sur un point: ils soutiennent tous «Zéro pertes». Cette initiative lancée par eux et les syndicats veut sanctuariser les recettes fiscales nécessaires au financement des prestations publiques. Au-delà, l’Alternative se scinde. Socialistes et Verts d’un côté, Ensemble à gauche de l’autre. Anne Emery-Torracinta, conseillère d’Etat chargée de l’Instruction publique, et Thierry Apothéloz, conseiller administratif de Vernier, accompagnent Antonio Hodgers, ministre du Logement. Jocelyne Haller, députée d’Ensemble à gauche, s’affichera de son côté.

«Une décision un peu rapide prise en assemblée générale, cela arrive. La campagne sera simplement un peu plus diverse que prévue», résume Nicolas Walder, président des Verts. «C’est une manière différente de vivre notre union, dit Gérard Deshusses, responsable des élections au PS. L’important est que nous partageons le même objectif: renforcer la présence de la gauche au Conseil d’Etat.» Consigne a donc été donnée de voter compact au sein des formations.

Une marge pour négocier

Un élément a provoqué cette séparation: le taux auquel Ensemble à gauche tient à taxer le bénéfice des entreprises dans le cadre du Projet fiscal 17 (PF17, la suite de la RIE III). L’extrême gauche n’en démord pas, ce doit être 16%, barème «fiscalement neutre». S’ils disent partager l’objectif de leur partenaire, les socialistes et les Verts ne veulent pas imposer ce fil à la patte à leurs conseillers d’Etat.

«Ce serait verrouiller la discussion, souligne Gérard Deshusses. Qu’une aile gauche réclame 16% ne nous pose aucun problème. Ce que nous voulons, c’est que nos magistrats aient une marge de manœuvre pour négocier un autre taux que celui de 13,48% auquel la droite est accrochée, et des mesures de compensation pour arriver à un équilibre. Fixer un taux de 16% ne le permet pas.» «On a toujours condamné la droite et son taux fixe, reprend Nicolas Walder. On ne va pas faire la même chose de notre côté.»

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De fait, la solution adoptée ménage à EàG une liberté de parole que les partis gouvernementaux que sont le PS et les Verts ne peuvent pas se permettre. Pierre Vanek, chef du groupe EàG au Grand Conseil, ne dit pas autre chose: «Nous ne voulions pas de programme commun avec le PS et les Verts. Nous ne voulions pas être la troisième roue du char. Par contre, nous voulons taper ensemble sur le clou qu’est PF17. Le premier coup de marteau a été l’initiative lancée de concert. En assemblée générale, lundi soir, des gens ont voulu aller plus loin et poser le taux de 16% contre celui de 13,48%, qui est un dogme dont la droite n’a jamais voulu discuter.»

Solution raisonnable, réaliste et solide

Dans la manœuvre, le député n’est pas mécontent d’avoir obtenu une avancée. «Les ministres Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers s’étaient prononcés pour la RIE III, rappelle-t-il. Comme candidats, ils ont clairement montré leur soutien à l’initiative «Zéro pertes». C’est nouveau.» Au total, cette «manifestation d’indépendance» réjouit Pierre Vanek. «Elle concilie admirablement bien les aspirations contradictoires de notre électorat: viser l’union de la gauche et conserver notre liberté de parole», dit le député.

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Gérard Deshusses voit dans cette configuration un écho au recentrage du Grand Conseil que la population a choisi d’opérer dimanche. En creux, son analyse est une critique sévère de son partenaire d’extrême gauche. «Il est important de montrer à la population qui veut du changement que nous avons un objectif commun, dit-il. Si les choses peuvent avancer, c’est avec les partis gouvernementaux. Tous se sont d’ailleurs renforcés lors du vote de dimanche. Je crois que tout le monde l’a compris. Pour ce faire, notre solution est raisonnable, réaliste et solide.»

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A droite, l’Entente part à trois (les PDC Serge Dal Busco et Luc Barthassat, la PLR Nathalie Fontanet) après le retrait annoncé lundi du PLR Alexandre de Senarclens. L’UDC maintient le seul Yves Nidegger et le MCG son ministre Mauro Poggia. Willy Cretegny persiste pour la liste Prospérité maîtrisée, de même que Paul Aymon pour Santé!. Six sièges sont à pourvoir, après l’élection au premier tour du PLR Pierre Maudet.

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