L'affaire SAirGroup continue de provoquer de fortes turbulences dans le ciel genevois. Le Grand Conseil vient en effet de s'emparer de la déconfiture de Swissair par le biais de députés de l'Alliance de gauche et des Verts. Au travers d'une motion qui sera débattue aujourd'hui, ces deux formations attaquent avec véhémence les dirigeants démissionnaires de la compagnie aérienne. Elles invitent le gouvernement genevois à refuser la décharge au conseil d'administration de SAirGroup et la prise d'effet de leur démission jusqu'à leur remplacement ainsi qu'à déposer une action en responsabilité contre les membres de cet organe pour «fautes très graves de gestion».

En substance, les motionnaires critiquent vertement la «politique expansionniste pharaonique» du groupe aérien. Ils s'insurgent aussi contre la démission en bloc du conseil d'administration du SAirGroup qui «a pour objectif de masquer la faillite de ces théories soutenues par les radicaux zurichois et les libéraux genevois inféodés aux théories néocapitalistes». Ils s'en prennent également aux représentants des grandes banques suisses au sein du conseil d'administration, Lukas Mühlemann pour le Credit Suisse ainsi qu'Eric Honegger et Vreni Spoerry pour UBS. Ils estiment qu'ils «doivent répondre financièrement de leurs responsabilités à travers les banques qu'ils représentent».

A ce jour, l'Etat de Genève possède 221 665 actions nominales pour une valeur globale de quelque 41 millions de francs. Dans la perspective de l'assemblée des actionnaires de SAirGroup, en avril prochain, la position du Conseil d'Etat est plus prudente. S'il a décidé de ne pas voter la décharge des administrateurs, il ne dit «qu'examiner la possibilité d'entreprendre une action en responsabilité contre ses organes, en commun avec d'autres actionnaires institutionnels.» Autant dire que si la Confédération n'entreprend pas une telle démarche, le canton de Genève ne le fera pas non plus. D'autant que le gouvernement semble fonder de grands espoirs sur la personne de Mario Corti, nouveau président du conseil d'administration de SAirGroup. A ce stade, Genève n'a d'ailleurs pas intérêt à abattre Swissair. Lors de l'émission télévisée Droit de cité, le président de l'exécutif genevois, Carlo Lamprecht, avouait qu'il ne serait pas fâché de voir Swissair revenir à Cointrin.

Jeudi, devant le parlement, Micheline Calmy-Rey, patronne des Finances, a aussi tenu à rappeler la position du gouvernement dans le dossier de la Banque Cantonale de Genève (BCGE). Elle s'est dite satisfaite que les «conditions de redémarrage des activités de la BCGE soient désormais réunies, mais que maintenant, le moment est venu de chercher les responsabilités». La magistrate a évoqué la procédure civile qui pourrait être envisagée quant à la responsabilité des organes de la BCGE. Elle a aussi précisé que les inculpations annoncées dans la procédure pénale pourraient entraîner «d'éventuelles actions délictuelles. C'est la raison pour laquelle l'Etat de Genève se constituera partie civile dans la procédure pénale».

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