La gauche genevoise se répète. Les partis écologiste, socialiste et l'Alliance de gauche ont lancé lundi deux initiatives visant à augmenter la contribution fiscale des plus fortunés du canton. La première propose une suppression de la baisse d'impôts de 12% votée en 1999 par les Genevois. La seconde soutient l'introduction d'un impôt de solidarité à la charge des contribuables dont la fortune dépasse 1,5 million. Des propositions vivement critiquées par la droite, qui souligne qu'en quinze ans, la population genevoise a refusé quatre fois d'instaurer un impôt de solidarité. Dernière tentative: en 2003, 59,53% des Genevois avaient dit non.

L'Alternative de gauche n'en démord pas. C'est une crise des recettes, et non des dépenses, qui explique la situation catastrophique du canton. Selon le député de l'Alliance de gauche (AdG) Christian Grobet, «le rabais de 12% proposé en 1999 par les libéraux n'a finalement profité qu'à 15% des Genevois. Pire: il représente une perte fiscale de 350 millions par année.» En attaquant cette mesure, la gauche entend «rectifier une erreur politique». Une «erreur» commise par 58% des votants? Les initiants affirment que cette réduction fiscale, qui devait favoriser une relance de l'économie, n'a pas fait ses preuves. Leur objectif est clair: l'adoption des deux initiatives permettrait d'encaisser 260 millions de recettes supplémentaires «sans démanteler les prestations sociales».

La première initiative vise à supprimer progressivement la baisse d'impôts de 12% pour les contribuables dont le revenu est supérieur à 130 000 francs pour les couples, et à 100 000 francs pour les célibataires. En diminuant le rabais de 1% par tranche de 10 000 francs.

Par exemple, un couple dont le revenu net s'élève à 160 000 francs verrait sa réduction d'impôts passer de 12% à 8%. Les ménages dont le revenu imposable est supérieur à 240 000 francs ne bénéficieraient plus d'aucune baisse d'impôts. Les 14% de contribuables les plus fortunés seraient particulièrement touchés. Comme le résume le député AdG Pierre Vanek, «les plus gros paient le plus».

Ce n'est pas tout. Selon l'Alternative de gauche, les millionnaires doivent participer davantage à l'assainissement des finances. La seconde initiative concerne les fortunes supérieures à 1,5 million, après toutes déductions. Le fisc opérerait une ponction de 5 à 6 ‰ sur la part de fortune supérieure à ce montant. Une personne dont la fortune s'élève à 5 millions paierait ainsi un supplément de 18 500 francs. Cette contribution serait temporaire. Elle devrait être appliquée jusqu'au jour où les finances cantonales seraient assainies… Les initiants ne craignent pas faire fuir les plus nantis. Ils soulignent qu'entre 1991 et 2001, «le nombre de millionnaires a augmenté de 77%».

«Justement!», rétorque la droite. Le radical Jacques Jeannerat souligne que «ce sont eux qui font tourner le ménage de la République. Il faudrait plutôt œuvrer à attirer davantage de grosses fortunes à Genève en réduisant les impôts». Libéraux, radicaux et démocrates-chrétiens fustigent «la démagogie» de la gauche, accusée de s'attaquer aux plus riches au lieu de mettre un frein aux dépenses. Le PDC Guy Mettan ne manque pas de souligner que «les 600 plus riches du canton paient 30% des impôts. Alors que 58 000 personnes ne paient rien. On ne peut pas dire que l'impôt soit antisocial». L'élu rappelle que la baisse de 12% voulue par les libéraux avait été mise en place par la socialiste Micheline Calmy-Rey et le parlement à majorité de gauche. «Alors que le Parti libéral proposait de découper le rabais en trois tranches de 4%, le Grand Conseil l'a appliqué d'une traite.»

Président du Parti radical genevois, François Longchamp constate que «la gauche n'a jamais accepté le vote du peuple. Ni les évidences mathématiques qui démontrent que les recettes fiscales du canton n'ont jamais été aussi élevées que depuis la baisse d'impôts de 1999». François Longchamp se réfère au projet de budget 2005: «En 2000, les recettes fiscales émanant des personnes physiques s'élevaient à 2,8 milliards. Elles ont grimpé à 2,9 milliards en 2001, puis à 3 milliards en 2002. Aujourd'hui, nous en sommes à 3,2 milliards.» Selon le président des radicaux genevois, la gauche se trompe de cible. «Les initiants vivent dans un monde théorique. Il est faux de penser que les contribuables aisés tiennent absolument à rester à Genève.»

L'Alternative de gauche, soutenue par les syndicats et diverses associations – comme l'Avivo et le Mouvement populaire des familles –, a jusqu'au 7 juillet pour récolter les 10 000 signatures requises. La campagne de la gauche en vue des élections cantonales de l'automne 2005 est lancée. Car dans la foulée, les Verts et les socialistes présenteront le 10 mars un projet de loi «pour une taxation accrue des véhicules de tourisme très polluants».