Le Parti socialiste devrait se réjouir. Outre son propre programme, il pourra compter en 2019, année d’élections fédérales, sur le dépôt de trois initiatives populaires sur des thèmes qui lui sont chers, s’assurant ainsi un écho médiatique et un débat public. La récolte de signatures a en effet démarré officiellement mardi pour trois textes portés par sa famille – ou des cousins éloignés. Le duo formé par les conseillers d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard (PS) et genevois Mauro Poggia (MCG) assume la paternité de deux initiatives ayant trait à la santé («Pour une liberté d’organisation des cantons» et «Pour un parlement indépendant des caisses maladie»).

Taxer davantage le capital

La Jeunesse socialiste (Juso) y ajoute sa touche avec l’initiative «99%». Cette dernière veut taxer les revenus du capital (dividendes, rendements immobiliers, etc.) autant que les revenus du travail. Concrètement, la base de calcul de l’impôt sur les revenus issus du capital serait multipliée par 1,5 avant l’imposition. Les initiants prévoient un seuil d’entrée et proposent que les premiers 100 000 francs échappent à la disposition. «En somme, si vous avez trois immeubles au centre-ville de Lausanne, vous ne serez pas touché par cette initiative», affirme Muriel Waeger, vice-présidente de la Jeunesse socialiste. Les recettes fiscales supplémentaires seraient affectées à une réduction de l’impôt pour les bas salaires ou à des aides sociales, par exemple pour soulager certains ménages par rapport aux primes d’assurance maladie.

Le risque d’un tunnel d’échecs

Mais il y a aussi le revers de la médaille pour le PS. Le lancement d’initiatives proches de ses valeurs l’oblige à assumer des combats qu’il n’a pas choisis, avec le risque d’affronter à la fin un tunnel de scrutins aux issues défavorables. Vice-présidente du parti, Géraldine Savary précise: «Les trois initiatives lancées ces derniers jours ne sont pas des initiatives du PS. Certains d’entre nous vont s’engager, mais nous ne sommes pas leaders. Nous ne souhaitons pas non plus lancer des initiatives tous les quatre matins.» Le Parti socialiste mûrit d’ailleurs son propre texte sur les primes maladie pour 2019.

Il faut dire que le tunnel d’échecs traversé par le parti à la rose de fin 2013 à fin 2014 a marqué. En un an, le PS a perdu dans les urnes sur quatre initiatives, dont trois lancées par des organisations satellites: l’initiative «1:12» de la Juso, celle «Pour des salaires minimaux voulus par les syndicats et l’abolition des forfaits fiscaux» portée par La Gauche. Au milieu du tunnel, en septembre 2014, les citoyens disaient encore non à 62% à l’initiative socialiste «Pour une caisse maladie publique».

Il faut choisir ses combats et ne pas se servir de l’initiative populaire comme d’un outil marketing

Cette série de défaites en matière de politique économique et sociale a fait réfléchir la direction du parti. «Sur certaines initiatives, nous avons perdu mais gagné des points lors des débats. Mais sur d’autres, nous avons tout simplement perdu, aussi en termes de moyens et d’énergie, analyse Géraldine Savary (PS/VD). Il faut choisir ses combats et ne pas se servir de l’initiative populaire comme d’un outil marketing.» Cela dit, la Vaudoise se sent à l’aise avec les initiatives Maillard-Poggia sur la santé. «A l’évidence, le problème n’est pas résolu et ce n’est pas faute d’avoir essayé au parlement».

Quant à l’initiative de la Juso, elle sert davantage d’outil de mobilisation. «Il ne faut pas se mentir. Je sais qu’il est difficile de gagner avec des projets de gauche dans ce pays. Mais je me réjouis de provoquer le débat sur la taxation des revenus, notamment dans le contexte de la numérisation du travail», affirme le conseiller national Samuel Bendahan (PS/VD), qui soutient le texte de la Juso.