Le prochain gouvernement tessinois pourrait être «monocolore». La droite a une volonté affichée de conquérir le siège socialiste aux élections d’avril 2019. Le parti de gauche est sur le qui-vive.

Le PLR vise deux sièges

Pour sa part, le Parti libéral-radical tessinois (PLRT) entend revenir à la «normalité», avec un second conseiller d’Etat, perdu en 2011 au profit de la Ligue des Tessinois (Lega). (L’actuel gouvernement est composé de deux représentants de la Lega, un PLR, un PDC et un socialiste.) Le siège visé «pourrait» être celui du socialiste Manuele Bertoli, directeur de l’Education, affirme Bixio Caprara, président du PLRT.

«L’éducation a toujours été une de nos priorités. La combinaison économie/postes de travail et formation nous tient très à cœur», soutient-il. L’absence de la gauche ne voudrait pas dire que les valeurs qu’elle a traditionnellement portées, comme la solidarité, seraient laissées pour compte, assure-t-il. «L’important est d’avoir des candidats valables.»

Les ambitions de l’UDC

Lors de son récent congrès, l’UDC a aussi déclaré avoir en point de mire le fauteuil socialiste pour 2019. Son président, Piero Marchesi, fait valoir que ces dernières années, la section a connu plusieurs succès populaires. «Comme l’initiative «D’abord les nôtres» qui a fait des émules et le référendum contre la réforme scolaire concoctée par les socialistes.»

L’UDC représente grosso modo 6% des voix au Tessin, indique l’élu, alors qu’au fédéral, elle a remporté 11,5% des sièges tessinois en 2015. «Notre objectif est d’atteindre le même pourcentage qu’à l’échelle nationale; le cas échéant, un siège UDC à l’exécutif cantonal serait envisageable.» Le parti a discuté avec la Ligue des Tessinois d’une liste commune, mais sans succès. «Nous collaborerons sur les thèmes chers aux deux partis, comme freiner le frontaliérisme italien et promouvoir la suissitude.»

Le PS visé

«Toute la coalition de droite et de la droite néo-libérale, menée par la Ligue des Tessinois, le PLR, le PDC et l’UDC, a décidé de se débarrasser de nous à l’exécutif et de nous affaiblir au parlement», constate Igor Righini, président du Parti socialiste (PS) tessinois. «Ils ne veulent pas juste un siège, ils veulent le nôtre.» Le problème, estime-t-il, c’est qu’au Tessin, à part le PS, personne ne promeut une politique sociale en faveur des classes moyennes.

Le PS tessinois est néanmoins déterminé à s’assurer son fauteuil au gouvernement, «d’autant que le Tessin est déjà bien à droite». «Selon des analyses politiques, Lugano est la grande ville suisse le plus à droite», indique Igor Righini. En écartant le PS du gouvernement, l’Etat perdrait son équilibre, considère-t-il, rappelant que les partis rouge-vert représentent près de 25% de l’électorat cantonal. Une alliance sous forme de liste commune n’est cependant pas à l’ordre du jour, même s’il reconnaît l’importance «de faire front commun de manière compacte dans le contexte néo-libéral actuel».

Réel risque d’éviction de la gauche

Cette absence de liste commune pourrait lui coûter son siège, observe le politologue Nenad Stojanovic, pour qui le risque d’éviction des socialistes du gouvernement est bien réel. «Il suffit qu’ils perdent 2% de leurs voix pour qu’ils en soient exclus. Les autres partis le savent et entendent tout faire pour l’éliminer.» Un exécutif sans gauche serait-il admissible? «Ce ne serait pas un gouvernement représentatif, si l’on calcule que les socialistes, les Verts et autres petits partis de gauche représentent environ 20 à 25% de l’électorat tessinois.»

Cependant, la perte de leur siège ne serait pas forcément négative, avance Nenad Stojanovic. «Cela leur donnerait l’opportunité de se repositionner comme opposition, d’autant que cette législature a été caractérisée par de fortes tensions entre l’aile institutionnelle et la base du parti.» Ils pourraient avoir intérêt à se profiler comme une opposition robuste, poursuit-il, pour arriver aux élections de 2023 plus vigoureux, et reconquérir leur siège.

Au Tessin, l’exclusion du gouvernement serait une première en près de cent ans pour les socialistes, note le politologue. «En Suisse, parmi les exécutifs des cantons de moyenne et grande tailles, ce serait inédit. Dans un pays où tout est basé sur la représentativité équilibrée, ce serait insolite.» On se souviendra qu’entre 1993 et 1997, Genève a eu un exécutif où la gauche était absente, laissant la trace d’une gouvernance difficile.