A Morges, la gauche se rassemble pour renforcer sa majorité à l’exécutif. Le centre droit tente de lui barrer la route. L’UDC, marginalisée, part seule et affirme sa différence. La campagne pour les élections communales vaudoises de mars prochain se joue selon un schéma qui se répète d’une ville à l’autre, mais avec des variantes locales. Dans le bourg à l’extrémité occidentale de l’agglomération lausannoise, Daniel Buache, boulanger très connu, participe à la course en indépendant. Il espère brouiller la logique des fronts partisans.

«Aucune arrogance»

Le ticket unique de la gauche convoite 5 sièges sur 7 à la municipalité, un de plus qu’aujourd’hui. Au Conseil communal, elle compte renforcer sa fragile majorité de 51 élus sur 100. Les Verts feront néanmoins liste à part, histoire de se focaliser sur les thèmes écologistes et de former ensuite un groupe autonome au parlement communal. Nuria Gorrite mène la coalition rose-vert composée de quatre socialistes et une Verte. La syndique et députée vante une équipe capable de «réaliser des projets de concert avec tous les partenaires». En mars, le parti à la rose entend reconquérir un quatrième siège à l’exécutif. «Ce n’est pas de l’arrogance», commente Nuria Gorrite. Il s’agit de compenser le fauteuil que les socialistes avaient abandonné à l’écologiste Sylvie Morel-Podio lors de l’élection partielle organisée pour remplacer Eric Voruz. Le magistrat syndicaliste, qui a fait la fortune du PS à Morges pendant 20 ans, avait quitté l’Hôtel de Ville pour rejoindre les bancs du Conseil national en 2007.

Quant à la droite, elle fait face divisée. A l’exécutif, le PLR avance une liste commune avec l’Entente morgienne. Trois candidats bourgeois, dont le municipal de la Police, Denis Pittet, accompagnent Frédéric Jomini, en lice pour une troisième législature. But avoué: sauvegarder les trois strapontins actuels et éviter la débandade au Conseil communal, où le PLR s’associe aux nouveaux venus des Verts libéraux. Fidèles à leur tradition centriste, le PLR et l’Entente prônent «l’équilibre en toute chose, budgétaire surtout, et un refus ferme de nouveaux impôts».

L’UDC, écartée de l’alliance, veut davantage que les huit élus placés pour la première fois en 2006. Le parti conteste à la fois la gauche et le centre droit, trop conciliant. Rémy Delalande a lancé une campagne musclée, sans concessions, pour la municipalité. Sécurité et lutte contre le trop d’Etat es sont au menu.

Le trafic justement. Morges souffre d’un va-et-vient incessant. Traversée par deux artères congestionnées, balafrée par l’autoroute de 1964, la ville de 15 000 habitants cherche son salut en attendant un contournement routier promis pour 2030 au mieux. Fatalement, les élections communales se focalisent sur la mobilité. Les résidents et les emplois vont se multiplier. En 2020, prophétisent les démographes, il y en aura 7000 de plus. Il faut donc bâtir des logements pour tous et à des prix abordables. Les appartements sont rares et trop chers, comme partout sur l’Arc lémanique, même pour la «classe moyenne». L’offre actuelle est trop «orientée HLM», note Frédéric Jomini. Les environs de la gare CFF et le quartier de la Longeraie, au nord-ouest, attirent les projets.

Asphyxie routière

Du coup, il faudra également fluidifier la ronde des pendulaires; canaliser le transit; freiner l’afflux des voitures au centre sans pénaliser les commerçants. Dans une ville au bord de l’asphyxie, l’enjeu est primordial. Ainsi, un Plan directeur communal a vu le jour l’année dernière, destiné à encadrer l’essor de Morges.

A partir de là, les propositions fusent, entre parkings souterrains et vélo-stations. La gauche met l’accent sur les transports publics et la mobilité douce. Le centre droit réclame de la complémentarité. L’UDC ne veut pas de mesures/sanctions contre les voitures, mais de «l’incitatif».

Maillon important de cette réflexion: l’avenir du parc des sports à l’entrée ouest de la ville et les besoins en infrastructures collectives. La question enflamme les esprits. Les partis se disputent. Pour faire simple, la municipalité et la gauche voudraient y installer uniquement la grande piscine couverte dont la commune et ses voisins rêvent ­depuis quelque temps. La droite ­voudrait y joindre une halle multifonctions, plus une aire de stationnement enterré. Le tout financé par un partenariat public privé.