«Avantage: PDC.» Selon certains pronostics dominicaux, le parti de Christophe Darbellay se situe pour l’heure en pole position, dans la course à la succession de Pascal Couchepin. Le camp rose-vert et le groupe démocrate-chrétien forment en effet ensemble une majorité de 127 voix. Si l’on y ajoute les six voix du Parti bourgeois-démocratique (PBD), à ce jour plutôt enclines à soutenir le PDC (lire ci-dessous), le candidat de ce parti pourrait en théorie récolter 133 des 246 voix de l’Assemblée.

Mais le camp rose-vert, qui répète d’ailleurs que tout est ouvert, a-t-il véritablement intérêt à soutenir une candidature démocrate-chrétienne lors de la prochaine élection au gouvernement? Pas sûr. Certes, contrairement aux radicaux, le président du PS Christian Levrat estime que tant le PDC que le PLR peuvent revendiquer le siège de Pascal Couchepin. «Suivant, dit-il, que l’on tienne compte de la force électorale ou de la force du groupe parlementaire des formations.»

Certes également, le chef des Verts Ueli Leuenberger penche davantage, pour autant que son parti ne se lance pas dans la course, pour une candidature démocrate-chrétienne. Pour peu, prévient-il toutefois, que le PDC passe de la parole aux actes en matière de new green deal, «notamment en déposant des interventions parlementaires dans ce sens à l’automne».

Mais si, dans l’absolu, la gauche préférerait retrouver la composition du gouvernement perdue en 2003, d’autres éléments, tant pour les Verts que pour les socialistes, pourraient peser dans la balance au moment de trancher. A commencer par la peur de perdre – respectivement de ne pas décrocher – un siège au Conseil fédéral à moyen et long terme.

Ainsi, du côté du PS, certaines voix admettent qu’à tout prendre, il n’est pas forcément plus judicieux de se mettre à dos le Parti radical que de fâcher le PDC. Si l’on admet, estiment certains observateurs du parti, que la légitimité la plus forte reste celle du pourcentage électoral, «ne pas élire un radical reviendrait, sans qu’elle ne se justifie, à une modification de la formule».

Bénéfice pour les Verts?

En ce sens, le courroux du PLR pourrait faire davantage de tort au PS, lorsqu’il s’agira pour ce dernier de remplacer ses propres conseillers fédéraux Moritz Leuenberger et Micheline Calmy-Rey. «Le peuple n’admettrait pas que le PS soit menacé», souligne Christian Levrat. En l’état, il n’est toutefois pas exclu qu’à l’avenir, le Parti socialiste, à l’instar des sociaux-démocrates européens, essuie un revers électoral dont pourraient notamment bénéficier les Verts, qu’ils soient libéraux ou non.

Mais les écologistes vont eux aussi, très probablement, réfléchir à leurs chances futures d’entrer dans le gouvernement. Si Ueli Leuenberger assure «ne pas effectuer ce genre de calculs», son collègue Daniel Vischer, député zurichois, ne voit pas les choses de la même façon. «Je ne vois pas de raison, déclare-t-il à la NZZ am Sonntag, pour laquelle le camp rose-vert aurait un intérêt à donner un second siège au PDC.» Car alors, explique-t-il au Temps, une telle configuration fragiliserait les chances, à l’avenir, d’une entrée d’un écologiste au gouvernement. «Ce serait un suicide pour les Verts.»

L’été devrait donc réserver bien des surprises. Y compris au PDC, où un débat interne sur l’opportunité de se lancer tel quel dans la course pourrait avoir lieu. «Nous devons certes oser attaquer ce siège, c’est positif», estime ainsi le sénateur schwyzois Bruno Frick. «Mais en l’état, nous lancer sans savoir avec quel partenaire ni quel candidat n’est pas très intelligent. Il faut le faire dès que l’on sait avec qui et comment.»

Fulvio Pelli avertit l’UDC

Et l’UDC? Christoph Blocher, qui annonce qu’il ne se portera plus candidat à l’avenir, reformule dans Sonntag ses avertissements au PLR. S’ils veulent compter sur le soutien des démocrates du centre, les radicaux devront aider l’UDC à reconquérir son deuxième siège, ce qui met en péril celui d’Eveline Widmer-Schlumpf. Mais le président du PLR, Fulvio Pelli, prévient que son parti ne «vendra pas son âme». «Si l’UDC ne nous soutient pas, elle n’a pas de chances d’obtenir un deuxième siège lors des prochaines élections au Conseil fédéral», note le Tessinois, qui répète dans plusieurs journaux ne pas se tenir à disposition, tout en décochant une flèche au joker PDC Urs Schwaller: «Cela me fait de la peine pour M. Schwaller, mais il n’est pas un Romand. Le conseiller aux Etats Schwaller est un Suisse allemand.»

Pour le reste, précisons que le carrousel des papables a, entre-temps, fait le plein de nouveaux candidats, dont le radical tessinois et vice-président de la FMH Ignazio Cassis, qualifié par la NZZ am Sonntag de botte secrète de son parti.