Faut-il élire Ueli Maurer à la présidence de la Confédération le 5 décembre prochain? Normalement, c’est son tour. La règle de l’ancienneté, qui régit le tournus présidentiel, lui attribue cette fonction pour l’année 2013. Il a d’ailleurs été élu à la vice-présidence en décembre dernier.

Mais le nouveau chef du groupe socialiste, le Schwyzois Andy Tschümperlin, a jeté un pavé dans la mare dans le SonntagsBlick. Il conteste l’élection d’Ueli Maurer et propose d’ouvrir des discussions avec les autres partis à ce sujet. Que reproche-t-il au chef du Département de la défense? «Il n’est pas collégial. Je ne peux pas admettre qu’il ait quitté ses collègues du Conseil fédéral après la réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf en décembre dernier pour aller exprimer sa frustration auprès de ses camarades de parti», explique-t-il au Temps.

L’interview donnée par Ueli Maurer au journal allemand Die Zeit lui reste aussi en travers de la gorge. Dans cet entretien (LT du 22.06.2012), Ueli Maurer disait, à propos de l’UE, que «quiconque a encore toutes ses cases en place ne veut plus y entrer». «Peut-on nommer président quelqu’un qui fait une telle déclaration alors que les questions européennes, économiques et fiscales occuperont l’agenda politique en 2013?», s’interroge Andy Tschümperlin.

Il n’est quasiment jamais arrivé qu’un membre du Conseil fédéral en fonction ne soit pas élu à la présidence en raison de ses convictions politiques. Le seul précédent est celui du radical Eduard Müller en 1918 (lire ci-contre). La question aurait pu se poser avec Christoph Blocher en 2007. Mais celui-ci a été éjecté du gouvernement le jour même où il aurait dû, en fonction du tournus en vigueur, accéder à la vice-présidence.

Et elle ne s’est jamais posée avec d’autres représentants de l’UDC, car ils étaient tous, de feu Leon Schlumpf à Samuel Schmid en passant par Adolf Ogi, des personnalités consensuelles. «Ueli Maurer a été président de l’UDC et en a incarné la ligne dure. Il joue toujours un double jeu. Cela ne va pas pour être président», souligne Andy Tschümperlin.

Il pourra compter sur l’appui des Verts. «Les dégâts d’image seraient importants pour la Suisse s’il était élu président. Pour reprendre une formule utilisée naguère par l’UDC elle-même à propos de Samuel Schmid, il est un demi-conseiller fédéral. Il a un pied dedans et un pied dehors. Dans le dossier du nouvel avion de combat, il n’a pas été loyal. Il n’obtiendra aucune voix des Verts», pronostique le président du groupe, Antonio Hodgers.

Le Genevois rappelle qu’il défend depuis longtemps l’idée d’une «petite concordance», à laquelle ne participeraient que les formations capables de s’entendre autour d’un programme politique minimal. «Exclure certains partis de la présidence de la Confédération fait partie du débat sur la compatibilité de l’UDC avec le système collégial. Mais si nous décidons une telle rupture, elle doit être assumée sur le long terme», analyse-t-il.

Andy Tschümperlin le rejoint: «Il faut parler de cela dans le cadre de la réforme du gouvernement proposée par le Conseil fédéral. Il souhaite porter la présidence à deux ans. Cela aurait pour conséquence que certains conseillers fédéraux ne deviendraient jamais présidents», poursuit-il.

La proposition d’Andy Tschümperlin est accueillie fraîchement par les deux grands partis du centre droit, qui craignent d’ouvrir avec l’UDC une brèche qu’il sera impossible de refermer. «Je trouve le procédé peu respectueux de nos institutions. Je n’entre pas en matière même si Ueli Maurer ne m’a jamais fait rêver», témoigne le président du PDC, Christophe Darbellay. «Les déclarations d’Andy Tschümperlin n’ont aucune signification pour nous. Notre groupe en débattra en décembre», réagit le président du PLR, Philipp Müller.

Qu’en dit-on à l’UDC? Officiellement rien. «Nous ne commentons pas ce rêve de toute-puissance exprimé par le chef du groupe socialiste. Il n’a pas compris le fonctionnement de notre système démocratique, qui réunit au gouvernement des partis défendant des positions différentes. Une telle discussion ne sert à rien sinon à remettre en question tout notre système de concordance», prévient le secrétaire général du parti, Martin Baltisser.

Comment explique-t-il alors le résultat historiquement bas atteint par Micheline Calmy-Rey lors de son élection à la présidence en décembre 2010, lors de laquelle elle n’avait obtenu que 106 misérables voix? Se réfugiant derrière le secret du vote, Martin Baltisser estime qu’on ne peut en conclure que l’UDC a contesté le droit de la Genevoise d’accéder à la présidence. Admettons. Mais on peut néanmoins supposer que les voix accordées ce jour-là à Ueli Maurer (20) et à Didier Burkhalter (33) ainsi que les 33 bulletins blancs et nuls venaient princi­palement des rangs de l’UDC. C’est l’un des arguments avancés par Andy Tschümperlin pour défendre sa proposition. «L’UDC a démontré à cette occasion qu’elle remettait elle-même la concordance en cause», critique-t-il.

La proposition d’Andy Tschümperlin est accueillie fraîchement par les présidents du PDC et du PLR