Le programme d'armement 2004 est à deux doigts du rejet définitif. La gauche en rêve depuis si longtemps qu'elle ne va pas bouger d'un iota, quitte à sacrifier les avions de transport qui permettraient à l'armée suisse d'accomplir pleinement les missions à l'étranger que le peuple a accepté – et que les socialistes plébiscitent. Et la droite nationaliste veut tellement faire capoter ces mêmes missions qu'elle est prête à différer des crédits qu'elle ne conteste pas, et à passer pour une formation anti-armée qui ne respecte pas le vote populaire.

La semaine dernière, le Conseil des Etats, fidèle au principe d'un engagement de l'armée suisse pour des missions de paix à l'étranger, avait confirmé comme une lettre à la poste (36 à 3) son approbation de l'achat de deux appareils espagnols Casa C-295, une dépense de 109 millions de francs. Sur cet objet, les sénateurs étaient restés imperméables aux tactiques partisanes qui ont dicté l'attitude des représentants du peuple.

Colère de Samuel Schmid

Lundi soir au Conseil national, on a donc vu les mêmes acteurs revenir trois mois après à la tribune, dans la même alliance contre nature, expliquer pourquoi il fallait rejeter cette acquisition.

Les antimilitaristes ont brandi le spectre de l'Etat policier et répressif – les avions doivent transporter des requérants d'asile déboutés. Puis le camp UDC a usé de tous les prétextes pour couler le projet, même les plus fumeux. Comme de prétendre que le souverain n'aurait pas dit oui aux engagements à l'étranger si on ne les avait pas «noyés» dans le paquet Armée XXI, ou de ressortir la fameuse théorie du complot, qui voudrait que le choix de ces avions espagnols soit le produit d'une transaction secrète visant à placer Adolf Ogi au CIO. Sainte colère de Samuel Schmid: «D'une part je n'ai pas le moindre indice de ce que vous alléguez, d'autre part, si nous choisissions un autre appareil, vous le rejetteriez de toute façon!»

L'estocade est venue d'un Parti socialiste dont la majorité trépigne de pouvoir prendre sa revanche sur le camp bourgeois: les finances fédérales vont mal, vous avez taillé dans le social, eh bien nous, nous taillons dans l'armée. Peu importe en l'occurrence que le rejet du programme d'armement n'engendre pas le moindre centime disponible pour d'autres affectations: comme l'a rappelé Samuel Schmid, il s'agit de crédits obligatoires déjà inscrits au budget. Et tant pis si Micheline Calmy-Rey se bat elle aussi pour deux avions qui pourraient faciliter le travail de la Direction du développement et de la coopération (DDC).

Par 91 non contre 79 oui et 5 abstentions, le Conseil national a donc renvoyé l'affaire aux sénateurs – qui ne changeront pas d'avis eux non plus. Un nouveau non de la Chambre du peuple, et l'objet ira en commission de conciliation.

Sa décision concernerait l'ensemble du programme d'armement, y compris la plus grosse dépense (268 millions), pas contestée, pour l'achèvement du système de radar aérien Florako. Seul espoir de l'armée: l'écart entre non et oui s'est un peu resserré (il était de 100 contre 76 en décembre 2004). Mais l'hypothèse d'un refus historique se précise. Réponse avant la fin de cette session.