santé

La gauche se met au chevet de la psychiatrie genevoise

Les trois partis de l’Alternative ont planché sur un programme commun visant à améliorer la prise en charge des patients et surtout la coordination entre le médical et le social. Le conseiller d’Etat Mauro Poggia accueille l’initiative avec intérêt

La démarche est pour le moins originale. Les trois partis de l’Alternative ont travaillé à une nouvelle vision pour la psychiatrie genevoise. Ce programme commun, présenté mercredi à la presse, vise à améliorer la prise en charge des patients à travers un dispositif de soins plus lisible, des structures d’accueil intermédiaires plus nombreuses et surtout une coordination entre santé et social plus efficace.

Avec ce projet, la gauche espère greffer son paradigme sur la future planification sanitaire cantonale et nourrir le débat lors du forum consacré à une meilleure promotion de la santé mentale, organisé par le département concerné, qui se tiendra le 20 mai dans la cité. «C’est un bon moment pour amener une réflexion nouvelle», explique le député socialiste, et psychologue, Christian Frey. Une philosophie qui veut placer la personne au centre, avec un réseau coordonné qui l’entoure et lui permet de vivre ailleurs qu’à l’hôpital.

Résonancedans le canton d’Argovie

C’est aussi un moment délicat pour ce débat car l’actualité – on pense notamment au récent drame qui s’est déroulé en Argovie après une hospitalisation en milieu psychiatrique – rappelle que le domaine est toujours plus sensible dès lors qu’il touche aussi à la sécurité. Une évolution qui ne décourage pas la députée d’Ensemble à gauche, Jocelyne Haller: «Au lieu de se servir de ces drames pour améliorer les choses, on resserre les boulons. Il faut une approche plus fine même si certaines situations nécessitent un système très cadrant. Une bonne intervention au bon moment, c’est cela qui est important.»

La psychologue et ancienne députée Verte Esther Hartmann s’inquiète aussi de la stigmatisation des malades. «La santé mentale est encore un sujet tabou. On en parle quand un crime est commis alors que la problématique est beaucoup plus large et concerne entre 20 et 30% de la population. Ces personnes sont parmi nous et il faut leur redonner la parole, une place et le pouvoir d’agir sur leur destin.»

«Un immense déficit en matière de lieu de vie»

L’élément déclencheur de cette réflexion, souligne encore Christian Frey, a été la situation tourmentée vécue par le département de psychiatrie des HUG, le départ de nombreux médecins œuvrant à Belle-Idée et une tendance au repli du milieu hospitalier. Dans la cité, la situation s’est aussi dégradée. «Il y a un immense déficit en matière de lieu de vie, les personnes se retrouvent démunies et marginalisées, relève Jocelyne Haller, qui a travaillé à l’Hospice général, et il est très difficile d’accompagner quelqu’un vers la maîtrise de son parcours personnel.»

La députée Frédérique Perler (Les Verts), assistante sociale, abonde dans ce sens: «La situation des malades se péjore alors qu’il faudrait maintenir un quotidien plus confortable pour pouvoir se consacrer à leur santé mentale.» Et cette dernière d’ajouter: «Genève a un tissu social très riche et un réseau médical de qualité. Ce projet n’est pas une attaque mais une remise en question du modèle qui prédomine et qui accroît la précarisation. Si on sépare la santé du social, l’échec de la prise en charge est programmé.»

Une préoccupation qui trouve déjà une oreille attentive auprès du conseiller d’Etat chargé du Département de l’emploi, des affaires sociales et de la santé. «Je me réjouis que la société civile se mue en force de proposition et je vais en prendre connaissance avec intérêt. Ce sont des problèmes qui me tiennent à cœur car ces malades sont les parents pauvres des patients», souligne Mauro Poggia.

Le ministre souligne encore que, depuis le début de la législature, «des efforts ont été entrepris pour apporter des réponses plus adaptées, éviter de longues hospitalisations et réintégrer des équipes socio-éducatives dans l’univers médical». Un travail de longue haleine, forcément.

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