C’est un peu l’histoire de la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf. Le président du PDC, Christophe Darbellay, revendique le deuxième siège radical au Conseil fédéral en insistant sur le fait qu’il a le deuxième plus grand groupe parlementaire. C’est juste. Mais en termes de force électorale, le PDC reste en quatrième position (14,4%), derrière l’UDC (28,9%), le PS (19,5%) et le PRD (15,7%, + 1,8% avec les libéraux). Réaction du politologue Michael Hermann, codirecteur du groupe de recherche Sotomo à l’Université de Zurich et coauteur de l’évaluation politique annuelle des parlementaires.

Le Temps: Le PDC revendique le deuxième siège du PLR en insistant sur le fait qu’il a le deuxième plus grand groupe parlementaire après l’UDC. Un argument solide?

Michael Hermann: C’est un argument de combat qui a un sens, mais ce n’est pas un argument massue. Le PLR peut légitimement rétorquer en disant que, sur le plan de la force électorale, son parti est plus important. Le PDC n’a donc pas «droit» au deuxième siège radical et la question est bien de savoir lequel des deux arrivera à obtenir la majorité. Les deux groupes, PDC et PLR, ont en fait une force assez identique. De ce point de vue, il ne serait pas insensé d’imaginer une sorte de rotation entre les deux partis au Conseil fédéral – une fois le PLR aurait deux sièges, la fois suivante le PDC.

– Le groupe PDC n’est pas très homogène. Il a glissé un peu à gauche en intégrant les Verts libéraux et les Evangéliques. Survivra-t-il aux élections de 2011? Les Verts libéraux qui ont le vent en poupe pourraient décider de former leur propre groupe…

– Il est effectivement hétérogène, mais cette hétérogénéité se retrouve déjà dans les propres rangs du PDC. Ainsi, les Verts libéraux sont presque sur la même ligne que les représentants de l’aile sociale-libérale du PDC et les Evangéliques n’en sont pas si éloignés. Le groupe libéral-radical est lui bien plus uni, avec la fusion des deux partis et un rapprochement qui a un ancrage historique. Le groupe PDC/Verts libéraux/PEV ne va pas forcément éclater en 2011. Dans les faits, les Verts libéraux (ils sont 4) auraient déjà pu décider de former leur propre groupe avec les deux Evangéliques (ndlr: il faut cinq membres pour constituer un groupe parlementaire), ce qu’ils n’ont pas fait. Cela laisse penser qu’ils estiment plus intéressants de faire partie d’une plus grande entité. Mais rien n’est exclu. Si les Verts libéraux augmentent vraiment leur représentation au parlement, ils pourraient effectivement décider de former leur propre groupe, seuls. Pour mieux se profiler.

– Quel rôle jouera le Parti bourgeois-démocratique dans la course à la succession de Pascal Couchepin? N’a-t-il d’autre choix que de soutenir le PDC pour espérer avoir son appui en 2011 et maintenir Eveline Widmer-Schlumpf en place?

– A la base, le PBD, né d’une scission avec l’UDC, devrait logiquement être plus proche des libéraux-radicaux. Jusqu’à la fin de l’an dernier, il a voté en majorité comme le PLR. Mais, depuis le début de l’année, la tendance s’inverse en faveur du PDC. Pour la succession de Pascal Couchepin, la question centrale sera donc de savoir si le PBD est prêt, avec l’aile droite du PDC, à contribuer à l’instauration d’un gouvernement de centre gauche, quitte à brusquer ses propres électeurs. Le PDC, de son côté, ne devrait avoir une chance d’être soutenu par ses propres électeurs «bourgeois» et par le PBD que s’il ne présente pas un candidat profilé trop à gauche. Soutenir le PDC plutôt que le PLR est donc un scénario tout à fait possible pour le PBD, en échange d’alliances au sein du parlement. Mais c’est une situation difficile et un risque à prendre par rapport à ses propres électeurs. En Suisse, les alliances et coalitions ne sont pas toujours fiables. Elles peuvent se conclure un jour pour se défaire le lendemain. De ce point de vue, conclure déjà maintenant des alliances dans la perspective de 2011 est un jeu dangereux…

– Certes, mais, selon vous, qui du PLR ou du PDC arrivera plus facilement à ruser et faire des alliances pour obtenir le siège vacant au Conseil fédéral?

– Cela dépendra surtout des candidats que les partis profileront et du besoin de repourvoir un siège latin. Le PDC ne doit par exemple pas présenter quelqu’un de trop profilé à gauche, car il risquerait d’avoir des problèmes avec sa propre base. Quand le PS et le PDC sont parvenus à destituer Christoph Blocher, cela ne s’est pas fait sans laisser des traces à l’interne…

– Le PS et les Verts soutiendront-ils automatiquement une candidature PDC?

– S’ils veulent un gouvernement plus à gauche, ils auraient tout intérêt, à mon avis, à soutenir un libéral-radical latin maintenant et à appuyer le PDC lorsque Hans-Rudolf Merz partira. Car les libéraux-radicaux latins sont plus proches de la gauche que les Alémaniques.