Ala Gay Pride de Fribourg, il était là, comme à celle de Zurich. Thomas Fuchs depuis qu'il a fait, bien malgré lui, son «coming out», n'a plus rien à cacher et c'est bien sûr un avantage en politique. Surtout lorsque, comme lui, on s'inscrit dans la frange dure de l'UDC. C'est un magazine homosexuel zurichois, ak qui avait dévoilé l'orientation sexuelle du vice-président des jeunes UDC suisses, vécue comme tout sauf politiquement correcte par ses camarades de parti. «Ça a été très très dur, admet-il aujourd'hui. Mais, avec le recul je me rends compte que cette mise au jour de ma vie privée m'a libéré de toute tentative ultérieure de chantage politique.» Un atout important car l'ambitieux Thomas Fuchs – qui est également président des jeunes UDC bernois, membre du comité directeur du parti et conseiller municipal de la ville de Berne – va tenter sa chance au National cet automne.

Agé de 32 ans il compte bien jouer la carte jeune. «Il n'y a qu'une seule personne au dessous de 35 ans au Conseil national, Toni Brunner, 24 ans (UDC/SG), constate-t-il. Mais l'élection de Ruth Metzler a ouvert la voie et les jeunes devraient trouver leur place au parlement.»

Les gens de la base du parti risquent d'être peu enclins à soutenir quelqu'un dont ils ne peuvent ignorer l'homosexualité. Des camarades de parti avaient déjà rechigné à faire liste commune avec lui pour les élections à la municipalité de Berne. «Le parti ne voulait pas de moi et pourtant j'ai fait le second meilleur résultat, après une femme.» Fort de cette performance, Thomas Fuchs a confiance dans ses chances.

Il met bien sûr son parti dans l'embarras, lorsqu'il se déclare par exemple favorable à l'initiative parlementaire Gros, version suisse du Pacte civil de solidarité (PACS). Jusqu'à maintenant aucun parti ne s'est prononcé contre ce projet. Mais Ueli Maurer, président de l'UDC, sait bien qu'il fait grincer des dents nombre de ses membres (lire Le Temps du 21 juin). Et Thomas Fuchs s'attend à ce que le débat s'anime après les élections fédérales.

«Plus difficile» d'être homosexuel

«Il est certainement plus difficile d'être homosexuel dans un parti de droite. Mais si j'adhérais au Parti socialiste, je serais mal à l'aise sur d'autres sujets. A commencer par l'armée, puisque je suis capitaine. Et je suis bien sûr opposé à l'Europe, aux casques bleus, à l'armement des soldats suisses à l'étranger.» Thomas Fuchs pense également soutenir l'initiative «des six mois», de Christoph Blocher qui vise à raccourcir le délai d'initiative et à court-circuiter le parlement. Même si ce dernier point le dérange.

Le combat que mène le jeune politicien pour faire accepter les différentes facettes de sa personnalité pourrait le rendre plus tolérant et ouvert. «Je ne vois pas le rapport entre mon orientation sexuelle et l'ouverture à l'Europe, ou une meilleure acceptation des étrangers. Les homosexuels ne sont pas plus tolérants que les autres citoyens.»

Si Thomas Fuchs se sent très proche de la tendance blochérienne du parti, il convient qu'elle peine à s'implanter en Suisse romande. «Christoph Blocher, diabolisé par la presse, est très mal perçu. Nous devons trouver un leader romand capable de contrebalancer cette image négative. Car un parti gouvernemental doit être implanté dans l'ensemble du pays.»

Mais Thomas Fuchs, qui dit bien connaître les Suisses romands car il effectue son service dans le canton de Vaud et se rend souvent à Lausanne et à Fribourg, est persuadé que, malgré les apparences, leurs préoccupations sont les mêmes que celles des Alémaniques. «Ils pensent tout bas ce que nous disons tout haut», résume-t-il. «Chez vous, les gens n'osent simplement pas afficher leurs idées politiques par crainte des réactions. Pourtant ils sont nombreux à partager notre façon de voir, que ce soit au sujet des étrangers ou de l'assurance maternité, 30% d'entre eux ont malgré tout voté avec nous.»

Les jeunes en éclaireurs

Ce sont donc les jeunes du parti qui sont envoyés en éclaireurs pour conquérir la Suisse romande. Depuis un mois, ils sont représentés par Thomas Schmidt, 27 ans, qui prépare le terrain pour la création d'un parti fribourgeois. Des jeunes qui se situent pourtant tout à fait dans la ligne du leader zurichois. Thomas Fuchs en convient volontiers. Lui qui cherche à demeurer le plus longtemps possible dans cette section, plus proche de son credo politique que le parti bernois. «Je resterai jusqu'à la dernière minute, soit encore trois ans. Le temps d'acquérir une certaine influence.»

Et puis, Thomas Fuchs veut profiter de l'influence grandissante des jeunes dans le parti. «A Berne nous étions 60 lorsque j'ai pris la présidence il y a trois ans. Aujourd'hui nous sommes plus de 500, et nous sommes passés d'un soutien financier de 1500 francs annuels à 40 000 francs. De plus, phénomène nouveau, nous comptons chaque semaine environ quatre nouvelles adhésions de personnes entre 15 et 18 ans, par le biais d'Internet. Elles sont principalement préoccupées par le problème de l'asile.»

Au niveau suisse la jeunesse UDC compte 1800 adhérents pour un total de 70 000 membres. «Nous sommes petits par notre nombre mais grand par notre influence. Après tout, c'est nous qui avons lancé le référendum sur l'assurance maternité. Nous avons ainsi pris un risque que le parti se refusait à endosser.»