Après Micheline Calmy-Rey, c'est Pascal Couchepin qui a emmené les dirigeants de la société EGL (Electricité de Laufenburg), filiale du groupe Axpo, dans ses bagages. Ils ont passé le week-end de Pentecôte en Azerbaïdjan, où le groupe a des visées similaires à celles qui l'ont conduit à signer un accord gazier avec l'entreprise iranienne Nigec en mars.

EGL cherche à diversifier ses ressources gazières pour son projet de gazoduc Trans Adriatic Pipeline (TAP), qui reliera la Grèce à l'Italie. L'entreprise s'intéresse ainsi aux richesses minières de l'Azerbaïdjan. Samedi, le président de la Confédération et ses accompagnateurs ont visité le terminal de Sangachal, d'où partent chaque jour un million de barils de pétrole et 25 millions de mètres cubes de gaz en direction de l'Europe, via la Géorgie et la Turquie. C'est ce filon qui intéresse EGL. Or, dans un pays comme l'Azerbaïdjan, il est difficile de faire des affaires sans appui politique au niveau le plus élevé. «C'est un pays où tout passe par le président», souligne Jean-Marc Crevoisier, porte-parole du Département fédéral de l'intérieur (DFI) dirigé par Pascal Couchepin. «Le soutien du chef de l'Etat est utile pour le traitement à long terme des dossiers», justifie-t-il.

L'Azerbaïdjan n'est pas l'Iran

Les deux présidents se sont entretenus en tête à tête lundi matin, avant que l'ensemble de la délégation suisse puisse à son tour rencontrer une délégation azerbaïdjanaise élargie. EGL a ainsi pu présenter son projet au président Ilham Aliev et à son équipe. Mais, contrairement à ce qui s'était passé en Iran, aucun contrat n'a été signé. Les contacts économiques vont se poursuivre ces prochains mois. Et le fait qu'EGL ait pu signer un accord gazier avec l'Iran semble être un atout pour la société zurichoise.

Selon son porte-parole, Pascal Couchepin ne voit pas de problème au fait d'accompagner les démarches d'EGL. A ses yeux, la délégation qui a fait le voyage de Bakou ce week-end est comparable à celles qui sont régulièrement organisées par les conseillers fédéraux depuis les années 90: ils s'accompagnent de patrons d'entreprise à qui ils servent en quelque sorte d'ouvreurs de portes.

Dans le cas présent, Pascal Couchepin était aussi flanqué des responsables du cimentier Holcim, prêt à investir 500 millions de dollars dans la construction d'un nouveau four. Holcim produit déjà près de la moitié du ciment utilisé par l'Azerbaïdjan pour faire face au boom de la construction.

Jean-Marc Crevoisier rappelle en outre que l'Azerbaïdjan est tourné vers l'Europe et qu'il fait partie du groupe de la Suisse à la Banque mondiale. Les liens avec la Suisse sont ainsi plus étroits et moins controversés qu'avec l'Iran. Et Pascal Couchepin estime nécessaire de resserrer les liens politiques et économiques avec «un pays du Caucase en plein boom», insiste Jean-Marc Crevoisier. Le président de la Confédération en a profité pour inaugurer l'ambassade de Suisse à Bakou.

Il n'en reste pas moins que le gaz qu'EGL pourrait importer d'Azerbaïdjan, comme celui en provenance d'Iran, ne viendra pas en Suisse. Il alimentera l'usine italienne d'EGL. «C'est une entreprise suisse. Et tout ce qui arrive en Europe profite aussi à la Suisse et réduit la dépendance du Nord», répond Jean-Marc Crevoisier.

Président de la société romande Gaznat, Eric Défago, qui avait exprimé ses doutes à propos du contrat iranien, reste sceptique. Il relève que l'Azerbaïdjan est aussi un pays éloigné et que le projet de gazoduc traverserait des régions difficiles, comme la Turquie et les Balkans. «Nous ne comprenons pas pourquoi il faut aller chercher du gaz dans des pays aussi exotiques», s'étonne-t-il.