Armée

Le général qui a pacifié l’armée suisse

A l’heure du bilan, les politiciens et officiers saluent la droiture et la franchise de Philippe Rebord, contraint à la démission pour des raisons de santé

Difficile de tirer le bilan de Philippe Rebord après deux ans d’activité seulement à la tête de l’armée. Le Valaisan y est arrivé comme «un général» de transition et il en repartira ainsi à la fin de l’année. A son entrée en fonction en 2017, il est pourtant sous pression. Il est Romand, ce qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents en Suisse alémanique. De plus, il succède à André Blattmann, un commandant qui avait parfois défrayé la chronique à la suite de nombreuses fuites dans les médias.

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Moins visible médiatiquement que son prédécesseur, mais bien présent à la tête de ses troupes, «Philippe Rebord a ramené le calme au sein de l’armée», salue Adrian Amstutz (UDC/BE), membre de la commission de sécurité du Conseil national. «Un homme réfléchi et analytique, sachant s’effacer derrière sa mission», ajoute Thomas Hurter (UDC/SH).

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Une réforme bien négociée

Ce licencié en lettres qui a commencé sa carrière dans le corps des instructeurs de l’infanterie a dû mettre en œuvre la réforme du développement de l’armée (DEVA), réduisant ses effectifs de 220 000 à 100 000 hommes et femmes. «Une opération compliquée qu’il a bien négociée», souligne Denis Froidevaux, l’ancien président de la Société suisse des officiers. Toute réforme suscite son lot de résistances dans les milieux conservateurs, notamment au sein du Groupe Giardino qui a tenté en vain de lancer un référendum. Désormais, l’armée attend le renouvellement de sa flotte aérienne à l’enseigne d’Air2030. «Pilotant la dimension technique du programme, Philippe Rebord a décrispé les relations entre les différents courants qui traversent l’armée, ce qui n’a pas été simple», renchérit Denis Froidevaux.

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De son côté, Pierre-Alain Fridez (PS/JU) salue l’ouverture du commandant de corps sur le thème de la promotion de la paix à l’étranger. «Il a compris que la sécurité de la Suisse commence à l’étranger bien au-delà de nos frontières par des engagements comme celui des troupes de la Swisscoy au Kosovo ou par la coopération au développement.»

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Un bon communicateur

Quant à Géraldine Savary (PS/VD), elle souligne sa franchise et sa droiture. «Il a instauré une nouvelle culture de communication au DDPS, plus active qu’auparavant.» Lorsque en février dernier, plusieurs avions F/A-18 sont momentanément cloués au sol, l’armée ne le cache plus. «C’est une information qui n’aurait jamais été dévoilée voici encore quelques années», relève la sénatrice vaudoise. Et quand les haut gradés font scandale en engageant des dépenses excessives lors de certains de leurs séminaires, Philippe Rebord avoue «une faute morale». «Il a donné une voix intelligente à la grande muette», résume Jean-Luc Addor (UDC/VS), qui a jadis servi sous ses ordres.

Seule note dissonante dans ce concert de louanges, celle de Lisa Mazzone (Les Verts/GE), qui n’a pas goûté la manière dont Philippe Rebord s’est attaqué au service civil en faisant tout pour qu’il devienne moins attractif. «Ces attaques relèvent d’une forme d’idéologie occultant tout ce que le service civil apporte à la société. Cette question relevant de plus du Département de l’économie, il aurait mieux fait de se taire», regrette la Genevoise.

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