Dilemme, mercredi, au parlement jurassien: comment se montrer généreux envers les familles, rester raisonnable dans le financement et éviter de donner d'une main pour reprendre de l'autre? La solution a été apportée par le ministre des Affaires sociales, Philippe Receveur, dont le projet de nouvelles allocations familiales a été soutenu par une majorité PDC-libérale-radicale. Dès 2009, le Jura servira une allocation de 240 francs par enfant et de 290 francs par jeune en formation. Derrière Zoug et le Valais, le canton monte sur la troisième marche du podium national.

Premier effet de l'harmonisation du système des allocations familiales en Suisse, qui fixe des montants planchers de 200 et 250 francs: la suppression d'une spécificité jurassienne, l'allocation de ménage. Le Jura verse 138 francs par mois à toute famille avec enfant, en plus des allocations par enfant. «Une prestation inique, qui n'a pas la même valeur suivant le nombre d'enfants dans la famille», relève Philippe Receveur.

Socialistes ignorés

Reste qu'une famille avec un seul enfant touche, aujourd'hui, 298 francs, allocation familiale et de ménage additionnées. Le nouveau régime verra 25% des familles, qui n'ont qu'un enfant, devoir composer avec une diminution de l'allocation. Le PS a alors proposé, «pour qu'aucune famille jurassienne ne soit perdante», selon la députée Agnès Veya, de servir 300 francs par enfant et 350 francs d'allocation de formation.

Problème, rétorque le ministre: l'actuelle assiette de 48,4 millions qui permet de verser les allocations actuelles, intégralement financée par les employeurs (la cotisation est de 2,9% sur la masse salariale, taux le plus élevé de Suisse), ne sera pas en mesure d'absorber la générosité socialiste. Le surplus est évalué à 12 millions. Que le PS propose de financer ainsi: un quart par les employeurs, un quart par les salariés et la moitié par l'Etat. La formule a été rejetée par 32 voix contre 23. La majorité a été sensible à l'argumentaire de Philippe Receveur, qui entend réaliser une opération financière globale neutre.

Le surplus facturé aux employeurs ne serait pas accepté et induirait un référendum. Opérer un prélèvement sur les salaires et faire participer l'Etat, à hauteur de 6 à 7 millions, est «choquant», dit le ministre. «Car on risque fort de prendre d'une main ce qu'aurait pu donner de l'autre.»

Mesures ciblées

Et de plaider pour sa formule, qualifiée de «généreuse et raisonnable» par le député PDC Michel Choffat. Etonnamment, le projet socialiste n'a pas été soutenu par le groupe de gauche CS-POP-Verts. Pour les raisons évoquées par Philippe Receveur, mais aussi, dit le député Pierluigi Fedele, «parce que l'allocation familiale n'est qu'une infime partie d'une politique familiale globale et coordonnée». Formule reprise par le conseiller d'Etat, qui promet une réflexion «de fond» sur la stratégie étatique envers les familles.

Autre promesse ministérielle: adopter des mesures ciblées pour les familles à faible revenu, avec un seul enfant, pénalisées par le nouveau régime. Un exercice qui doit se faire hors de la loi sur les allocations. Tout comme l'éventuel examen du projet chrétien-social de prévoir une allocation supplémentaire de 50 francs par enfant, versée aux familles bénéficiaires de réduction des primes de l'assurance maladie.