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A Genève, 1500 logements valent-ils 74 millions de francs?

La caserne des Vernets doit être déplacée pour y accueillir plus d’un millier d’habitations, dont 600 logements sociaux. Le GSsA et Solidarités dénoncent le montant que coûtera le déplacement des militaires. Les électeurs trancheront la question dans les urnes

1500 logements valent-ils 74 millions?

La caserne des Vernets doit être déplacée pour faire place à plus d’un millier d’habitations, dont 600 logements sociaux

Le GSsA et SolidaritéS dénoncent le montant que coûtera le déplacement des militaires. Les électeurs trancheront la question dans les urnes

Traditionnellement, les relations qu’entretiennent les Genevois avec l’armée n’ont jamais été des plus chaleureuses. L’épisode du 15 novembre 1995 – où un défilé militaire avait généré des scènes de guérilla urbaine entre des mouvements de gauche anti-militaristes et les forces de l’ordre – demeure encore présent dans les esprits.

Tout du moins dans ceux du Groupe pour une Suisse sans armée (GSsA) qui (re)monte aux barricades pour s’opposer au déménagement de la caserne des Vernets, place d’armes située au cœur de la ville. Ce périmètre de 5 hectares, première pierre du pharaonique projet Praille-Acacias-Vernets qui s’étend sur 230 ha, doit accueillir 1500 logements, soit 600 logements sociaux, autant d’habitations à loyer libre et 300 logements pour les étudiants.

Plus précisément, le GSsA s’insurge contre le montant que doit débourser le canton pour assurer le délogement des militaires. Les coûts d’études, de constructions et d’équipements des trois sites retenus (Aire-la-Ville, Epeisses à Avully et Meyrin-Mategnin) sont estimés actuellement à 74 millions de francs, dont 22 millions à charge des investisseurs immobiliers. «Une somme démesurée alors que l’armée réduit partout sa voilure», vitupère Pierre Vanek, membre de SolidaritéS, qui cosigne avec le GSsA le référendum contre le crédit de réalisation de la caserne de Meyrin-Mategnin voté par le Grand Conseil en avril 2015.

Si l’Etat finance le déménagement de la caserne des Vernets, c’est au titre d’une convention ratifiée dans les années 1980 entre le canton de Genève et le département militaire fédéral et d’un accord de principe signé en 2012 entre la conseillère d’Etat genevoise Isabel Rochat (PLR) et le conseiller fédéral Ueli Maurer, dont Le Temps a eu copie. Ces deux textes prévoient la possibilité pour le canton de reprendre «en tout temps» la jouissance de sa parcelle, alors même que la Confédération disposerait de cette dernière jusqu’au 31 décembre 2040. Seule et unique condition: Genève doit mettre à disposition, «à ses frais et avec l’accord de la Confédération, d’autres terrains d’une surface au moins égale, dotés de bâtiments et installations équivalents».

Aux yeux des référendaires, le canton a manqué de volonté politique pour renégocier ces accords. Certains d’entre eux prétendent même que la Confédération était prête à ce que l’armée abandonne «presque gratuitement» sa place d’armes au centre-ville. Etait-ce le cas? L’ancienne conseillère d’Etat Isabel Rochat le réfute: «La convention est très claire sur ce point. A notre canton d’assumer les coûts d’un déménagement, surtout que nous ne pouvions pas passer à côté de l’opportunité de créer 1500 logements.» Contactés, les anciens magistrats genevois Pierre-François Unger (PDC) et Mark Muller (PLR) déclarent ne pas avoir le souvenir d’une telle proposition du Département fédéral des affaires militaires. Quant à l’actuel conseiller aux Etats Robert Cramer, lui aussi conseiller d’Etat entre 1997 et 2009, il invoque le secret de fonction. «Je n’entends pas m’exprimer dans ce débat», a répondu par SMS le candidat aux élections fédérales.

«C’est simple, l’armée tient le couteau par le manche en disposant d’une convention qui lui octroie le droit de rester aux Vernets jusqu’en 2040», résume Pierre Maudet. Pour le conseiller d’Etat chargé des questions militaires, le temps presse. «On ne peut pas sempiternellement renégocier avec la Confédération!» Mais les gouvernements qui l’ont précédé auraient-ils dû s’y pencher? «Je ne vais pas passer ma vie à refaire le passé. Je préfère me consacrer à l’avenir», répond l’édile qui n’a, de toute évidence, pas apprécié le lancement de ce référendum. «Je suis effaré que le GSsA milite pour le maintien de l’armée au centre-ville, ironise le libéral-radical. Aujour­d’hui, ce groupuscule bloque l’équivalent de la production annuelle de logements du canton.» «Alors que l’on supprime un site militaire pour reloger l’armée dans des sites qu’elle occupe déjà», renchérit la députée Bénédicte Montant (PLR), présidente de la Commission des travaux.

«Les infrastructures militaires n’ont pas à être financées par les cantons, réplique Amanda Gavilanes, secrétaire générale du GGSA pour la Suisse romande. Le départ de l’armée du centre-ville de Bellinzone, et ce sans contrepartie, démontre que Genève a péché par manque de volonté politique!» fustige celle qui est également candidate socialiste au Conseil national.

«C’est simple, l’armée tient le couteau par le manche»

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