GENEVE

A Genève, les 1857 pavés lumineux de la place du Molard chuchotent des mots de tous les jours

Le nouvel aménagement de la place a été inauguré jeudi. Les plots éclairés contiennent des messages dans les six langues officielles de l'ONU.

Après dix mois de travaux, la place du Molard est à nouveau ouverte aux terrasses et aux piétons. Situé entre la rade et les Rues-Basses, cet espace revu a été inauguré jeudi soir par le conseiller administratif genevois Christian Ferrazino. Des animations et des concerts y sont organisés aujourd'hui et demain.

Le nouveau visage de la place se veut un mélange d'art urbain et de référence historique. Il a été façonné par les cabinets d'architecture Béboux et Bender, et Collet et Presset, lauréats d'un concours lancé par la Ville de Genève. Intitulé «Chuchotement». Le projet aura coûté 2,5 millions de francs.

Basalte taillé manuellement

Sur ses 3000 m2, la place est recouverte de pavés de basalte taillés manuellement. Les mêmes qui composent la place de la Cathédrale Saint-Pierre et d'autres lieux historiques de la Vieille-Ville. Parmi les pavés de pierre du Molard sont répartis 1857 pavés lumineux, de manière plus dense à mesure que l'on se rapproche du lac. Confectionnés en résine, ces plots luminescents sont allumés le soir en même temps que l'éclairage public.

«Ils évoquent l'eau et les reflets argentés de la lune ou du soleil à la surface du Léman, métaphore qui rappelle la présence lacustre au Molard», explique Philippe Béboux. Car avant que Genève n'étende son emprise sur le lac, les rives du Léman se trouvaient au niveau des rails de tramway qui traversent les Rues-Basses. Au début du XIVe siècle, une jetée, appelée également «Môle», est construite sur le lac pour permettre aux bateaux de commerce d'accoster. Plusieurs maisons et une halle sont érigées en s'adossant sur les murailles qui protègent ce port, surnommé le Molard. Au XVIe, celui-ci est asséché et devient une place qui sert de plateforme d'échanges entre la cité fortifiée et le commerce lacustre. Depuis le XVIIIe siècle, enfin, l'aspect de la place avec sa fontaine et sa tour de garde n'a pas changé.

Entre blanc et bleu

Les pavés lumineux évoquent certes le chuchotement de l'eau qui ruisselle vers le lac, mais aussi celui des hommes. Sur chacun d'entre eux, un mot est gravé, visible surtout le soir. «Ce sont les mots que l'on entend sur la place depuis des siècles», explique Philippe Béboux: «Bonjour», «bonne nuit», «merci», «au revoir», «santé». Ces expressions simples sont traduites dans six langues: le français, l'anglais, l'espagnol, le chinois, le russe et l'arabe. «Les langues officielles des Nations unies, pour rappeler la dimension internationale de Genève», précise l'architecte.

En temps normal, la lumière émise par ces pavés est blanchâtre. La consommation en électricité est modérée: 800 watts pour l'ensemble de la place. Malheureusement, l'éclairage public, très puissant, du Molard amenuise la luminosité des pavés, qui prennent un aspect bleuté.

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