Retour à la normale à Genève, sur le front de la vigilance terroriste. Deux semaines et demie après avoir fait état d’une «menace précise», le Département genevois de la sécurité a annoncé lundi «adapter son degré de vigilance à la baisse». Une décision prise après consultation des instances fédérales.

«Une nouvelle appréciation de la situation relative à la menace terroriste, postérieure aux fêtes de Noël, justifie cette décision», estime le Département. Il considère en effet que les rencontres diplomatiques, célébrations religieuses et autres achats de Noël étant passés, le retour à un niveau de vigilance réduit s’impose.

Le 10 décembre en fin de matinée, le Département annonçait rechercher activement quatre individus dont la photo avait été distribuée à tous les policiers du canton. Transmises par les services de la Confédération, des informations émanant des renseignements américains faisaient état d’une cellule djihadiste identifiée à Genève, susceptible de passer à l’action. De quoi relever le niveau de vigilance et mobiliser un important dispositif policier. «Nous sommes passés d’une menace floue à une menace précise», lâchait alors la porte-parole du Département de la sécurité.

Climat de haute tension

Deux jours plus tôt, une camionnette suspecte immatriculée en Belgique avait été aperçue dans les rues de Genève. Entré en Suisse par le Jura français où le véhicule avait été contrôlé, l’un de ses deux occupants était fiché comme étant une «connaissance» de Salah Abdeslam, l’un des auteurs des attentats de Paris. La camionnette était parvenue à quitter la Suisse sans être interpellée. Aucun lien n’a été établi avec les quatre personnes recherchées, mais la concomitance des deux événements a suffi à installer à Genève un climat de haute tension.

Pendant 18 jours, «des agents de la police cantonale ont surveillé des lieux stratégiques 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7», précise mercredi le Département. Des unités policières ont également été mises de piquet «lors de périodes bien déterminées correspondant à des rassemblements importants» et «des forces de police substantielles ont été mises à disposition pour le volet relatif aux investigations».

Le 11 décembre, deux ressortissants syriens avaient ainsi été arrêtés sur la route de Thonon, après une crevaison. Des traces d’explosif ayant été retrouvées dans leur voiture, les deux individus âgés de 19 et 24 ans ont été placés en détention provisoire. Ils font l’objet d’une procédure pour «soupçons de fabriquer, dissimuler et transporter des explosifs ou des gaz toxiques» ainsi que pour «soupçons de violation de la Loi fédérale interdisant les groupes «Al-Qaida» et «Etat islamique» et les organisations apparentées». Une procédure en mains du Ministère public de la Confédération, qui se contente d'indiquer que l'instruction est encore en cours.

La menace reste élevée

Comme l’ont révélé la SonntagsZeitung et Le Matin Dimanche, les deux Syriens sont passés par l’Espagne avant de gagner la Suisse. De concert avec les autorités suisses, une perquisition a été menée dans un appartement de Barcelone, où résidait l’un d’entre eux, et les autorités espagnoles cherchent à établir les liens potentiels entre leurs activités et le terrorisme.

Si la tension retombe d’un cran à Genève, la menace terroriste n’est pas écartée pour autant, explique Isabelle Graber, cheffe de la communication du Service de renseignement de la Confédération: «Il faut distinguer le degré de vigilance de sécurité, qui est établi en l’occurrence par les autorités genevoises, et la situation de la menace en Suisse, dont nous sommes responsables et qui se mesure à l’échelle du pays. Celle-ci n’a pas changé: jugée élevée depuis fin 2014, elle a été rehaussée au début du mois de novembre, avant les attentats de Paris.»

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