Environnement

Genève abritera la Convention de Minamata sur le mercure

La Suisse a arraché un succès diplomatique dans la lutte contre le mercure, mais dans la douleur. Au terme de longues négociations, elle a obtenu dans la nuit de vendredi à samedi le secrétariat de la Convention de Minamata qui sera établi à Genève

La Suisse a arraché un succès diplomatique dans la lutte contre le mercure, mais dans la douleur. Au terme de longues négociations, elle a obtenu dans la nuit de vendredi à samedi le secrétariat de la Convention de Minamata qui sera établi à Genève.

«La venue du secrétariat de la Convention de Minamata va renforcer Genève comme centre de la gouvernance environnementale mondiale», s'est réjoui le directeur de l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) Marc Chardonnens, qui présidait la première Conférence Etats parties (COP1). La Suisse, qui avait lancé avec la Norvège le processus qui a abouti à l'accord sur le mercure, était la seule candidate.

Longues négociations

Pour autant, la partie n'aura pas été facile et aura occupé les délégations jusqu'à 03h00 samedi. Au centre des discussions figuraient des divergences avec les Etats-Unis sur le format du secrétariat. Selon des sources concordantes, la délégation américaine a poussé jusqu'au dernier moment pour reporter à la COP2 la décision sur l'attribution de cet organe et son financement.

Pour tenter de forcer le consensus, la présidente de la Confédération Doris Leuthard avait annoncé jeudi devant la COP une contribution suisse d'un million de dollars supplémentaires pour des programmes spéciaux. A condition que le secrétariat soit établi à Genève.

ONG et interpellations

Tout au long de la semaine, la Suisse n'aura pas été ménagée sur ces prétentions. Par un réseau d'ONG d'abord qui a exigé d'elle à plusieurs reprises qu'elle abolisse intégralement ses exportations de mercure.

Devant quelques journalistes, Mme Leuthard a insisté jeudi sur le fait que de telles ventes seraient maintenues tant qu'elles ne contournent pas la Convention. Une ordonnance est prévue d'ici la fin de l'année pour mettre en oeuvre les restrictions décidées lors de la COP1 à Genève.

A terme toutefois, la présidente considère que l'objectif pour tous devrait être l'élimination des exportations. La Suisse a exporté 30 tonnes de mercure en 2016, en diminution par rapport à la moyenne de 110 tonnes sur la période 2011 à 2015. Avant tout via l'entreprise bernoise Batrec qui n'en vend plus qu'à des clients, pas à des intermédiaires, et surtout pour des composants dentaires.

Autre appel aux autorités fédérales, deux interpellations parlementaires ont été déposées jeudi à Berne pour clarifier la compatibilité de la filière d'importation d'or avec la Convention de Minamata. Les concentrations les plus importantes de mercure sont observées dans les activités minières pour l'extraction de ce métal.

Or et charbon ciblés

Plus de quinze millions de travailleurs et leurs proches sont directement exposés. D'ici 2032, le mercure ne devra plus être utilisé dans ce type d'activités.

Et là encore, Mme Leuthard se veut rassurante après le lancement d'un mécanisme par le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO), même si elle admet que des efforts doivent encore être menés. Selon elle, "toute la chaîne a une sensibilité, jusqu'au produit final", y compris les banques et les entreprises de négoce de matières premières.

Des directives sur l'extraction d'or artisanale ont été adoptées à la COP1. Une autre porte sur la réduction des émissions des centrales au charbon, des usines d'incinération ou des cimenteries.

Plus de 150 Etats présents

Selon la Convention, d'ici 2020, des produits utilisant du mercure comme des thermomètres devront avoir disparu. «Les mesures de réduction des émissions de mercure dangereuses pour la santé et l'environnement peuvent débuter», a relevé M. Chardonnens au terme de la conférence.

Signée en 2013, la Convention est entrée en vigueur en août dernier. Elle porte le nom d'une ville japonaise où un déversement industriel de mercure a provoqué, surtout dans les années 50, des troubles neurologiques chez de nombreuses personnes pendant des décennies.

Plus de 1300 délégués ont participé à la COP1, dont deux présidents et près de 80 ministres. Au total, 154 pays étaient présents à Genève, dont 128 signataires parmi lesquels figurent plus de 80 Etats parties.

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