C’est une bouffée d’air que le Conseil d’Etat a offerte, lundi, aux contribuables genevois. La conseillère d’Etat Nathalie Fontanet, confinée chez elle pour cause de coronavirus, a annoncé des aménagements fiscaux temporaires qui contribuent à alléger la charge de certains ménages et entreprises.

Tous les intérêts moratoires et compensatoires seront supprimés jusqu’à la fin de l’année. Si les intérêts jusqu’en 2020 sont dus, ils ne le sont plus à compter du 24 mars. Le gouvernement prolonge aussi le délai pour le paiement des impôts cantonaux et communaux. Les acomptes 2020 pourront être décalés ou leur montant modifié, pour les entreprises qui voient leur chiffre d’affaires chuter ou pour les particuliers dont les revenus se réduisent. Les contribuables pourront adapter de leur propre chef le montant des acomptes, sans en référer à l’administration fiscale cantonale.

Enfin, le délai de dépôt des déclarations fiscales 2019 est reporté au 31 mai 2020, pour les personnes physiques et morales. Idem pour les demandes de révision de l’impôt à la source.

«Les gens qui peuvent payer leurs impôts doivent le faire»

Ces mesures ne constituent pas des cadeaux, mais des reports. Si la solidarité par ces temps troublés se vérifie partout, il faut aussi qu’elle s’exerce dans le domaine fiscal, rappelle Nathalie Fontanet, un œil inquiet rivé sur la situation de ses concitoyens, l’autre tout aussi inquiet sur les finances publiques: «Les gens qui peuvent payer leurs impôts doivent le faire, c’est une question de responsabilité. On pense notamment aux salariés qui conservent leurs revenus. Si cette solidarité financière ne devait pas fonctionner, l’Etat ferait face à des difficultés pour assurer les prestations.»

Car ces mesures ont un coût dont Genève, canton le plus endetté de Suisse, se serait bien passé, en plus des aides économiques mises en place. La suppression des intérêts moratoires et compensatoires dus pour 2020 coûtera 64 millions de francs. Quant au paiement des acomptes, il représente 280 millions de francs par mois. «Il n’est pas possible d’estimer dans quelle proportion les acomptes rentreront dans les caisses cantonales», explique Nathalie Fontanet.

«On est bien gouverné en temps de crise»

Le gouvernement est allé plus loin que ce qu’une motion réclamait il y a peu, avant qu’elle ne finisse aux oubliettes, faute de session parlementaire. Ce qui réjouit son auteur, le PDC Sébastien Desfayes: «Cela montre qu’on est bien gouverné en temps de crise. D’ordinaire très réservée sur les questions d’égalité de traitement, la haute administration sait faire passer le principe de réalité avant tout.»

Soulagement aussi du côté des entreprises, «même si celles qui, en crise de liquidités, vont demander un ajournement, ne vont pas le crier sur les toits», explique Blaise Matthey, directeur de la Fédération des entreprises romandes (FER) Genève. Michel Balestra, patron de Balestrafic, n’en aura pas besoin mais salue le geste: «Pour certains, c’est essentiel de pouvoir disposer de plus de temps.»

Pour l’éditeur Yvan Slatkine, «un report de charges pouvant alléger les soucis de trésorerie est bienvenu. Mais je rappelle que de nombreuses PME ne paient pas d’impôts.» Son souci immédiat: «Que les débiteurs puissent me payer pour que je puisse à mon tour honorer mes engagements.» En plein «cauchemar éveillé», il appelle aussi l’Etat à suspendre les loyers de ses arcades commerciales, à l’instar de la Ville. Son café littéraire, autrefois librairie ancienne, est locataire de l’Etat depuis 102 ans. Un âge pour lequel le coronavirus n’a que peu d’égards.