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Le mouvement "Prenons la ville" en est à sa troisième manifestation en un an.
© SALVATORE DI NOLFI

Logement

Genève: après Prenons la ville, prendront-ils les urnes?

A Genève, un mouvement qui fédère des colères hétéroclites autour du droit au logement a organisé sa troisième manifestation en moins d’un an. A un mois des élections cantonales, reste à traduire cette mobilisation en vote. Ce n’est pas gagné

Malgré la pluie matinale et le froid pénétrant, la manifestation Prenons la ville a réuni environ 1500 personnes dans les rues de Genève, samedi après-midi. Après celles des mois de juillet et d’octobre 2017, c’était la troisième sortie publique de ce regroupement hétéroclite d’une trentaine d’associations qui s’est créé il y a un an. A l’automne dernier, on dénombrait 2000 participants environ. Le mouvement, dont l’accès à des logements bon marché reste le ciment, ne s’essouffle donc pas.

«A un mois des élections cantonales, réaffirmer notamment que l’expropriation est un droit de l’Etat, garanti dans trois lois, mais qu’il n’est jamais appliqué nous semblait important, souligne Pablo Cruchon, secrétaire général de SolidaritéS et membre du comité unitaire de Prenons la ville. Par conséquent, nous considérons que les actions d’occupation des biens immobiliers qui sont menées sont légitimes.»

Le maire de Genève dans le cortège

A l’arrière du cortège flottaient des drapeaux aux couleurs de la seule formation politique qui s’est montrée en ce samedi: Ensemble à gauche, la coalition d’extrême gauche. Deux de ses élus les plus connus, le maire de Genève, Rémy Pagani, et le député Pierre Vanek, ont pris part au défilé. Parti de la zone piétonne sous la gare de Cornavin, le cortège s’est d’abord arrêté sur le pont du Mont-Blanc pour un hommage au combat du peuple kurde à Afrine. Il s’est dirigé vers la rue du Rhône, où les slogans anticapitalistes ont résonné sur les vitrines ripolinées des boutiques de luxe.

La place du Molard a été le théâtre du seul moment de friction entre les manifestants et les policiers qui avaient revêtu leur carapace antiémeute. C’est que Genève en marche, le nouveau parti politique d’Eric Stauffer, tenait un stand en ce jour de courses en famille dans les Rues-Basses. «Pas de fachos dans nos quartiers, #GenèveenMarchearrière», brocardait une banderole en tête de cortège, brandie par des manifestants masqués et vêtus de noir. L’ancien maire d’Onex et ses détracteurs n’auront pas eu l’occasion de se houspiller longtemps: la détonation de quelques pétards a fait s’intercaler un rang de policiers entre les deux camps.

Après l’occupation d’un immeuble vide, la troupe s’est disloquée devant l’Usine. Une bonne moitié des manifestants n’étaient d’ailleurs pas nés, à la fin des années 80, lorsque ce haut lieu de la culture alternative genevoise était inauguré. Plusieurs des slogans entendus ce samedi étaient pourtant les mêmes que ceux scandés il y a trente ans: dénonciation de la spéculation immobilière, demande de lieux culturels autogérés et détestation de ce capitalisme qui serait à l’origine de tous les maux de la planète.

Vinyle et paysans

Prenons la ville semble cependant fédérer des colères plus larges. Au point que la liste des signataires du tract du comité unitaire ressemble à un fourre-tout. On y retrouve par exemple un magasin de disques en vinyle, des collectifs de défense des migrants et des associations de jeunes paysans.

«Ce qui unit ce mouvement, c’est le sentiment que le développement du territoire genevois ne se fait pas au service du plus grand nombre, précise Pablo Cruchon. Cette ville nous appartient de moins en moins. La gentrification gagne le centre-ville. Les logements de luxe se multiplient. Tout est cher et payant à Genève. Les pauvres et les migrants sont repoussés hors de la ville. On veut changer cela pour que nous puissions participer et gérer le développement de ce territoire.»

Lire aussi: Pablo Cruchon, ensemble, c’est tout

Cette mobilisation se traduira-t-elle dans les urnes, le 15 avril, lorsque les Genevois se choisiront un nouveau parlement? On peut en douter. Une partie des manifestants ne croit pas à l’action politique institutionnelle, admet Pablo Cruchon. Une autre aurait pu être tentée de voter pour lui. Militant charismatique, Pablo Cruchon a mené son camp à la victoire, le 12 février 2017, lorsque les Genevois, comme les Suisses, ont refusé la réforme de la fiscalité des entreprises, RIE III. En tête du cortège en ce samedi, il avait d’ailleurs des allures de grand frère, indiquant aux porteurs de banderole la direction à suivre, parlementant avec les forces de l’ordre lors de moments chauds.

Seulement voilà: Ensemble à gauche, la coalition dont est membre son mouvement SolidaritéS, est menacée par une liste dissidente. Pire: elle est déchirée par des querelles de personnes. Si bien que la veille du dépôt des listes électorales, Pablo Cruchon a dû laisser sa place de candidat au Conseil d’Etat, même s’il reste en lice pour le Grand Conseil. Prenons la ville est appelé à continuer ses actions après les élections, selon ce que son comité a décidé. De quoi se consoler en cas de désillusion, le 15 avril prochain.

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