GENÈVE

Genève. Après le TF, «Le Bisou» mobilise les électeurs

Contrairement à d'autres autorités, la ville ne veut pas du cadeau du sculpteur

Aux portes de Ferney-Voltaire, «Le Bisou», sculpture d'un couple enlacé dans un bloc de 7 tonnes de marbre attend le verdict des électeurs genevois. Sera-t-elle ou non réinstallée sur le territoire de la ville du bout du lac? Ce week-end, les bulletins de vote devraient enfin mettre un terme à un véritable feuilleton qui déroule ses épisodes depuis plus de trois ans. Orchestrés avec maestria par l'auteur de la statue, les rebondissements n'ont, en effet, cessé de se succéder et ont, entre autres, successivement vu entrer en scène les autorités municipales, la police, un comité de soutien à l'origine de la votation de dimanche, et même le Tribunal fédéral.

Vincent Kesselring, Vincenzo de son nom d'artiste, un ancien étudiant en architecture de l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich qui a troqué la planche à dessin pour le ciseau, s'est désormais fait un nom en Europe. Non par son style, mais par une méthode redoutable pour placer ses œuvres. Il jette son dévolu sur une place en vue, y peaufine une sculpture sous les yeux des passants qui sont invités à la financer et l'offre à la municipalité. A Bruxelles, depuis 1991, un couple, baptisé «Love on the Rock», trône sur la célèbre place de la Monnaie et, depuis quelques mois, une femme enceinte se repose sur le haut de la Canebière à Marseille. A chaque fois, Vincenzo est parvenu sans encombre à contourner les lois et règlements qui fixent l'installation d'œuvres d'art sur la voie publique.

En Suisse, le sculpteur rencontre davantage de difficultés. Il lui a fallu batailler pour qu'en 1986 Lausanne accepte, bon gré, mal gré, «La Vierge du lac» qui médite sur les quais d'Ouchy. A Genève, la police est intervenue pour empêcher l'installation du «Bisou» à la place du Rhône et les autorités ne l'ont toléré sur le quai Wilson que le temps de sa création. Mais une fois l'œuvre finie, Vincenzo a refusé de la déplacer, tandis qu'un comité de soutien recueillait les signatures nécessaires pour un vote et saisissait le Tribunal fédéral. L'année dernière, les juges de Mon-Repos ont donné raison aux autorités genevoises et «Le Bisou» a dû être exilé à Ferney-Voltaire (au moins jusqu'à la votation) où la mairie et l'association Ferney-Culture, lui ont offert «l'asile artistique».

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