Il y a eu quelques difficultés. Un premier concours d'architecture lancé en 2002, puis annulé. Un recours du bureau lauréat, dont le projet était passé aux orties, toujours pendant au Tribunal administratif, mais sans effet suspensif. La fusion pas toujours rieuse entre les Hautes Etudes internationales et l'Institut d'études du développement, devenus l'IHEID. Et le terrain, difficile: un triangle allongé à l'entrée Est de Genève, serré contre les voies CFF, presque en face du bâtiment bleuté de l'Organisation mondiale de la météorologie.

Les promoteurs du «campus de la paix» pouvaient donc souffler, mardi, en dévoilant leur projet, qui apportera «un avantage concurrentiel à la Genève internationale», selon l'ancien secrétaire d'Etat à l'éducation et la recherche Charles Kleiber, président du jury. Soit deux bâtiments et un cheminement de la place des Nations au bord du lac, promesse d'un «nouveau quartier universitaire», selon le directeur de l'IHEID, Philippe Burrin.

La Maison de la paix

Pierre angulaire du projet, la Maison de la paix, au cœur des précédentes tribulations. Le bureau neuchâtelois IPAS a conçu un écrin en quatre ovales, lointainement inspirés du rameau d'olivier (lire ci-contre). 22000 m2 pour au moins 2000 personnes: l'enseignement, la recherche et la bibliothèque de l'Institut seront enfin regroupés.

La bâtisse abritera en outre trois centres des Affaires étrangères, sur la politique de sécurité, le déminage humanitaire et le contrôle démocratique des forces armées. Leur présence «nous sera précieuse, car ils sont demandeurs de nos étudiants et nos doctorants», argue Philippe Burrin. Ils permettent par ailleurs de boucler le tour de table: pour un devis de 122 millions de francs, les deux tiers environ seront fournis par la Confédération et le canton, le reste proviendra d'un emprunt cautionné par les loyers futurs des centres. Avec cette construction comparée au Learning center de l'EPFL - école qui y installera un centre d'études technologiques -, l'IHEID pourra «mettre en évidence ses activités au service de la Genève internationale au sens large, les organisations, mais aussi les ONG et les entreprises», dit Philippe Burrin.

Des logements pour étudiants

De l'autre côté des rails, une grande barre comprendra 200 studios ainsi que 20 à 25 petits appartements pour les étudiants de l'Institut. Lequel se fait promoteur immobilier, puisqu'il emprunte 18,5 millions à la BCGE pour bâtir. S'y ajouteront 2,5 millions par un prêt sans intérêts, et les dons, recherchés, de sponsors, mécènes et fondations, comme pour tous les autres projets. Alors que 80% des 800 étudiants de l'IHEID sont étrangers, disposer de tels logements constitue un «atout international», selon Philippe Burrin: deux tiers des débutants pourront y avoir un point de chute pour la première année. Cet ensemble sera relié par une passerelle déjà choisie par la Ville, qui cherche cependant à en baisser le budget, à sa charge.

Place des Nations, le retour?

Les ambitions fondant le «campus de la paix» ne s'arrêtent pas là. Les concepteurs n'hésitent pas à s'attaquer à la sensible place des Nations, qui pourrait être dotée d'un pavillon racontant la Genève internationale, point d'entrée des visiteurs et de rampe de lancement du campus. Devisé à 12 millions, l'édifice fait l'objet de discussions avec le Conseil d'Etat et la Ville, assure-t-on aux HEID.

De plus, les villas Barton, Bartholoni et Moynier, liées à l'IHEID - son siège est à Barton - seraient réaménagées en vue de les affecter à la formation continue, secteur stratégique du nouvel Institut, ainsi qu'à l'accueil de séminaires. Si les parrains et responsables de l'école parviennent à rassembler tous les fonds estimés, l'investissement total atteindrait au moins 180 millions de francs, Maison de la paix compris. L'objectif est d'ouvrir cette dernière, ainsi que les logements, en 2011: «Un seul rythme, le galop», scande Charles Kleiber, sans exclure des retards.

Un moment propice

Malgré la morosité économique, les promoteurs se sentent encouragés par le contexte politique international. Le changement de présidence aux Etats-Unis, en particulier, devrait ragaillardir les instances multilatérales, gourmandes en expertises d'instituts tels que l'IHEID.

Par exemple, le fait que l'Amérique reviendra vraisemblablement à la table des négociations sur le climat conforte Philippe Burrin, qui vient d'obtenir six millions de francs pour une nouvelle chaire dédiée à l'économie de l'environnement (LT du 04.11.2008). L'un des atouts du projet retenu pour la Maison de la paix est d'ailleurs qu'il permettra l'ajout d'un cinquième anneau, «pour éviter de devoir à nouveau nous disperser», relève le directeur.

Les projets finalistes sont exposés au Centre international de conférences jusqu'au 17 décembre. Rens. 022/791 91 11.